{"id":306,"date":"2011-03-14T01:08:53","date_gmt":"2011-03-14T00:08:53","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/?p=306"},"modified":"2020-01-12T01:11:15","modified_gmt":"2020-01-12T00:11:15","slug":"ethique-laique-et-unite-de-la-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/?p=306","title":{"rendered":"Ethique la\u00efque et unit\u00e9 de la R\u00e9publique"},"content":{"rendered":"<h4><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-285 alignleft\" src=\"https:\/\/blog.fnlp.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/philippe_forget.jpg\" alt=\"\" width=\"145\" height=\"135\" \/>Par Philippe Forget<br \/>\nPhilosophe<\/h4>\n<div class=\"texte\">\n<h3 class=\"spip\">Progr\u00e8s de la Raison, vertus civiques et transparence publique<\/h3>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 l\u2019inconscience dogmatique voit une nature intangible des choses, la conscience moderne voit un monde en mouvement dans lequel les forces humaines inscrivent leur jeu cr\u00e9ateur. Il n\u2019existe pas un ordre des choses fix\u00e9 \u00e0 jamais parce que les forces productives, mondaines et humaines, d\u00e9ploient une puissance de transformation qui l\u2019exc\u00e8de t\u00f4t ou tard. Aux fins de l\u2019excellence humaine, le citoyen doit savoir comprendre et orienter ces forces. A son endroit, en effet, ces forces ne sont pas n\u00e9cessairement productives et peuvent l\u2019entra\u00eener dans les t\u00e9n\u00e8bres. Le citoyen doit lutter pour que la puissance engendr\u00e9e ne soit point contre-productive \u00e0 son humanit\u00e9, la r\u00e9forme une contre-r\u00e9forme et la r\u00e9volution une contre-r\u00e9volution. Ce qui a le visage du nouveau n\u2019est pas toujours moderne et la progression humaine peut \u00eatre r\u00e9sistible, f\u00e9rocement contrari\u00e9e. Les id\u00e9aux modernes exigent un effort constant, un travail permanent. Obscurantisme et archa\u00efsme naissent de la facilit\u00e9, la soumission de l\u2019abandon, l\u2019ignorance de la s\u00e9duction. Il est plus ais\u00e9 d\u2019\u00eatre servile que d\u2019\u00eatre libre. La t\u00e2che humaine exige davantage que la t\u00e2che divine. Marat avait vu juste\u00a0: le peuple \u00ab\u00a0court au-devant de ses cha\u00eenes\u00a0\u00bb, s\u2019il ne s\u2019instruit pas, s\u2019il ne se forme pas \u00e0 la lutte. Partant, la la\u00efcit\u00e9 ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un simple formalisme juridique, elle ouvre au citoyen un espace de lutte politique et \u00e9thique par lequel il \u00e9l\u00e8ve son humanit\u00e9.<\/p>\n<p>La la\u00efcit\u00e9 exige du corps civique de la R\u00e9publique qu\u2019il suive aussi l\u2019\u00e9thique publique qui lui est n\u00e9cessaire. Cette \u00e9thique ne pr\u00e9tend pas r\u00e9genter les m\u0153urs priv\u00e9es, mais seulement conditionner la pratique publique de la Raison. Cette pratique requiert donc l\u2019exercice de vertus qui donnent sa clart\u00e9 \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration civique. Car la R\u00e9publique ne d\u00e9fend pas des \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb, notion confuse et issue de l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale, elle vise des id\u00e9aux, ob\u00e9it \u00e0 des principes et se r\u00e8gle selon des normes constitutionnelles. Dans cette perspective, l\u2019humanisme civique cultive des vertus publiques, sans c\u00e9der \u00e0 la facilit\u00e9 publicitaire de l\u2019appel aux \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb. En revanche, si le r\u00e9gime politique de l\u2019oligarchie se goberge de \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb, c\u2019est qu\u2019il veut nous faire croire que la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la fraternit\u00e9 sont d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9es et qu\u2019en tant que \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb v\u00e9cues, elles sont menac\u00e9es par tout bouleversement d\u00e9mocratique. Il n\u2019en est rien \u00e9videmment puisque les id\u00e9aux et principes r\u00e9publicains sont d\u00e9figur\u00e9s par la pratique impos\u00e9e de la \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb extraite du rendement et de la rentabilit\u00e9. Dans leur incantation aux \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb, prof\u00e9r\u00e9e ad nauseam, ploutocrates et technocrates esp\u00e8rent arr\u00eater l\u2019histoire. Pour eux, les Droits de l\u2019Homme rec\u00e8lent juste des formules ensorcelantes dont l\u2019usage m\u00e9diatique sert \u00e0 charmer les populations. La libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 se r\u00e9duisent sous leurs yeux cupides \u00e0 de juteuses valeurs du march\u00e9 \u00e9lectoral.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que manquent \u00e0 ces esprits perfides, les deux vertus n\u00e9cessaires \u00e0 toute parole publique\u00a0: la loyaut\u00e9 et la probit\u00e9. D\u2019une part, un citoyen qui ne se veut pas loyal \u00e0 la cause r\u00e9publicaine n\u2019est pas un citoyen et il se pr\u00e9pare \u00e0 \u00eatre un serf ou un despote. D\u2019autre part, une rationalit\u00e9 qui dissimule ses motifs et biaise ses m\u00e9thodes ne forme pas une raison civique et elle conspire \u00e0 justifier des d\u00e9cisions arbitraires. La probit\u00e9 mat\u00e9rielle et intellectuelle accompagne n\u00e9cessairement la libert\u00e9 de conscience, sans quoi l\u2019expression d\u00e9mocratique se voit \u00e9gar\u00e9e vers de troubles enjeux. Emancipant le Peuple des tutelles sectaires, la la\u00efcit\u00e9 n\u2019entend point le livrer \u00e0 d\u2019autres logiques sectorielles. La transparence de la sph\u00e8re publique, de ses questions, solutions et actions, est une n\u00e9cessit\u00e9 politique du corps r\u00e9publicain. Comment la Raison peut-elle travailler par tous et pour tous, si des forces sectaires obnubilent la sph\u00e8re publique\u00a0? Comment cette m\u00eame sph\u00e8re peut-elle subsister si la raison affich\u00e9e forme le faux nez de seuls calculs particuliers\u00a0? La Raison ne peut travailler universellement dans le th\u00e9\u00e2tre des dissimulations. La Cit\u00e9 est la dupe de pouvoirs r\u00e9gressifs d\u00e8s qu\u2019elle d\u00e9lib\u00e8re avec des voix duplices, des paroles de mauvaise foi, qui d\u00e9tournent le bien public vers leurs app\u00e9tits partiaux. Hormis qu\u2019il soit men\u00e9 dans le respect de la probit\u00e9, le discours de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral conduit au bavardage ou au marchandage. Les progr\u00e8s de la Raison s\u2019effectuent dans un climat de probit\u00e9, sous peine de subir la d\u00e9loyaut\u00e9 des oligarques et leurs m\u0153urs de satrapes. A rebours de toute morale de soumission, l\u2019\u00e9thique la\u00efque forge des caract\u00e8res soucieux de probit\u00e9 commune.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Les pi\u00e8ges de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb\u00a0: lobbying religieux et \u00ab\u00a0gouvernance\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Ainsi la la\u00efcit\u00e9 appara\u00eet au c\u0153ur d\u2019une politique de la libert\u00e9\u00a0: elle affranchit la conscience humaine des pouvoirs cl\u00e9ricaux, elle la rend citoyenne, elle la fait souveraine de la res publica. Ce faisant, le citoyen acquiert l\u2019autonomie de sa conscience politique et s\u2019\u00e9rige en sujet historique\u00a0: soit il progresse vers sa pl\u00e9nitude, soit il r\u00e9gresse vers le chaos des app\u00e9tits. Or, il n\u2019y a pas de progr\u00e8s sans travail ouvrier de la Raison dont l\u2019efficace requiert et la probit\u00e9 des acteurs politiques et la transparence des affaires publiques. A ce propos, il importe de souligner combien la la\u00efcit\u00e9 n\u2019exhausse pas la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb, ce remugle d\u2019envies\u00a0o\u00f9 chacun est le jouet de chacun comme l\u2019a bien vu Marx, mais \u00e9l\u00e8ve la soci\u00e9t\u00e9 civique des producteurs. Le combat la\u00efque, en promouvant d\u2019embl\u00e9e une soci\u00e9t\u00e9 de citoyens, accouche d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 politique dans laquelle aucune \u00ab\u00a0\u00e9lite\u00a0\u00bb autoproclam\u00e9e ne peut pr\u00e9tendre diriger les sujets passifs d\u2019un milieu civil. D\u2019ailleurs, d\u00e8s que l\u2019on sait parler politiquement du Peuple, le terme de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb r\u00e9v\u00e8le sa fonction duplice. Quand le technocrate gargarise l\u2019opinion de ce vocable, il avoue qu\u2019il divise le corps r\u00e9publicain pour mieux en usurper l\u2019autorit\u00e9. Du coup, on ne s\u2019\u00e9tonnera pas que la classe parasitaire invite les repr\u00e9sentants religieux \u00e0 envahir l\u2019expression d\u00e9mocratique au nom de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Non point que celle-ci n\u2019existe pas, mais tout le propos de la d\u00e9mocratie civique vise \u00e0 la d\u00e9passer par la constitution de la R\u00e9publique. Au contraire, dans cette logique du march\u00e9 qui sape l\u2019unit\u00e9 indivisible du Peuple, la strat\u00e9gie poursuivie par la technocratie apatride consiste \u00e0 ruiner la la\u00efcit\u00e9 en la rempla\u00e7ant par la multiplicit\u00e9 des lobbies confessionnels et ethniques. La clameur revendicatrice des client\u00e8les \u00e9touffera la voix sociale des producteurs autant qu\u2019elle disloquera leur association r\u00e9publicaine. La \u00ab\u00a0la\u00efcit\u00e9 positive\u00a0\u00bb ne signifie pas autre chose que l\u2019intrusion du lobbying religieux dans la conduite des affaires publiques et de la question sociale. Comme les chefs de client\u00e8le sont d\u00e9nu\u00e9s de toute probit\u00e9 envers l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, ils poursuivent par d\u00e9finition leur seule expansion sectaire\u00a0; leur r\u00f4le a pour effet de tordre la conscience \u00e9thique du citoyen. Les pouvoirs tribalistes l\u2019incitent \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 une cause religieuse, \u00e0 se r\u00e9duire \u00e0 une nature religieuse, de sorte que le citoyen prenne leurs soucis particuliers pour des questions universelles et leurs injonctions pour des v\u00e9rit\u00e9s essentielles. Fix\u00e9 \u00e0 sa nature religieuse, l\u2019individu perd l\u2019usage politique de la Raison et oublie son inscription dans le proc\u00e8s du travail commun. Il confond bient\u00f4t la gr\u00e9garit\u00e9 confessionnelle avec la fraternit\u00e9 civique. Il craint aussi tous ceux qui ne partagent pas son assignation identitaire\u00a0: une violence st\u00e9rile germe dans le choc des communaut\u00e9s immobiles. Chez lui, la passion des pr\u00e9jug\u00e9s a aboli la probit\u00e9 de la raison.<\/p>\n<p>Le technocrate se r\u00e9jouit d\u00e8s lors que l\u2019unit\u00e9 rationnelle de la Cit\u00e9 se fissure sous les assauts de l\u2019incoh\u00e9rence civile. Dans l\u2019espace aveugle des app\u00e9tits, il peut sans vergogne abolir le gouvernement des citoyens et lui substituer la \u00ab\u00a0gouvernance\u00a0\u00bb du syst\u00e8me globalitaire. Retranch\u00e9e derri\u00e8re la \u00ab\u00a0gouvernance\u00a0\u00bb, l\u2019oligarchie, d\u00e9compos\u00e9e et d\u00e9composante, se veut irresponsable de la destin\u00e9e humaine. Une m\u00e9canique usuri\u00e8re lui tient lieu d\u2019esprit, laquelle s\u2019applique \u00e0 organiser fatalement la rentabilit\u00e9 des travailleurs. Aucun autre futur n\u2019est possible que celui \u00e9dict\u00e9 par les r\u00e8gles et techniques objectives dont le maniement \u00e9cho\u00eet \u00e0 la technocratie financi\u00e8re et s\u00e9curitaire. Aux yeux blanchis de l\u2019oligarque, si le futur est obtur\u00e9, le pass\u00e9 peut \u00eatre, en revanche, utilement recycl\u00e9. L\u2019enjeu est d\u2019interdire aux forces ouvri\u00e8res d\u2019engendrer un nouveau monde tout en les condamnant \u00e0 reproduire \u00e0 l\u2019infini le cycle du profit, ainsi qu\u2019\u00e0 admettre la domination des appareils technocratiques. Partant, ces derniers sont charg\u00e9s de livrer un combat sans merci contre la conscience historique, politique et \u00e9thique du Peuple. Intriqu\u00e9 \u00e0 l\u2019oligarchie financi\u00e8re, r\u00e9ticul\u00e9 par ses lobbies, l\u2019appareil d\u2019Etat s\u2019autonomise par rapport \u00e0 ses administr\u00e9s, se retourne contre sa propre nation et porte la confusion au sein des institutions r\u00e9publicaines. Il fonctionne comme seule force d\u2019ex\u00e9cution du dispositif globalitaire dont l\u2019empire passe par l\u2019arasement des patries r\u00e9publicaines.<\/p>\n<p>Aussi appelle-t-il les associations confessionnelles \u00e0 se renforcer. Le pouvoir les recycle m\u00e9diatiquement\u00a0: le temps de No\u00ebl ou celui du ramadan, ne sont-ils pas des \u00e9v\u00e9nements exemplaires\u00a0? Le pouvoir \u00ab\u00a0dialogue\u00a0\u00bb avec elles, conf\u00e9rant ainsi un r\u00f4le public \u00e0 leurs chefs. Il s\u2019ing\u00e9nie \u00e0 persuader la foule que ces derniers repr\u00e9sentent des fragments du Peuple, et qu\u2019ils ont le droit d\u2019\u00eatre juridiquement institu\u00e9s comme tels. La R\u00e9publique cesse alors d\u2019\u00eatre fond\u00e9e sur l\u2019individualit\u00e9 civique, elle mute en agr\u00e9gat communautaire dont le sort aveugle est livr\u00e9 au march\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb des fractions et factions. A n\u2019en pas douter, l\u2019oligarchie r\u00eave de dissoudre \u00e0 terme les positions et oppositions des producteurs dans le tohu-bohu st\u00e9rile de corporations civiles. Le r\u00e9gime oligarchique, pendant qu\u2019il r\u00e9nove les f\u00e9odalit\u00e9s cl\u00e9ricales, conspire \u00e0 dresser autant d\u2019\u00e9crans qui s\u00e9parent \u00e0 jamais la conscience des producteurs de leurs int\u00e9r\u00eats publics. Consentez \u00e0 \u00eatre les pions subsidiaires de la gouvernance globalitaire\u00a0! Telle est l\u2019implacable injonction que v\u00e9hicule le recours aux religions.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Recyclage technocratique du religieux et d\u00e9figuration de la R\u00e9publique<\/h3>\n<p>L\u2019Etat qui devait simplement g\u00e9rer l\u2019organisation civile des cultes \u00e9rige leurs instances en partenaires d\u2019un nouvel ordre politique et moral. Sur le plan s\u00e9mantique, la R\u00e9publique des citoyens est remplac\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, compos\u00e9e de chr\u00e9tiens, musulmans, juifs, etc., avec quelques humanistes et ath\u00e9es, par-ci par-l\u00e0. Une sociologie religieuse, d\u2019ailleurs trompeuse car elle confond coutumes et croyances, tient lieu de norme politique. On soumet un principe constitutionnel \u00e0 la contingence d\u2019une d\u00e9mographie confessionnelle que l\u2019on interpr\u00e8te selon des int\u00e9r\u00eats opportunistes. Et la la\u00efcit\u00e9 r\u00e9publicaine est bien vite consid\u00e9r\u00e9e comme une opinion spirituelle parmi d\u2019autres, ses militants fustig\u00e9s comme \u00ab\u00a0la\u00efcards\u00a0\u00bb. On s\u2019ing\u00e9nie \u00e0 lui retirer son sens constituant, sa raison unitaire et sa puissance ouvri\u00e8re. Sous couvert de\u00a0pragmatisme, l\u2019arbitraire s\u2019\u00e9tend. La technocratie f\u00e9lonne d\u00e9tricote l\u2019armature r\u00e9publicaine du Peuple\u00a0: des rationalit\u00e9s sectaires sont employ\u00e9es \u00e0 d\u00e9composer la Raison universelle du citoyen par l\u2019exercice de laquelle celui-ci se fait l\u2019auteur politiquement souverain du progr\u00e8s commun.<\/p>\n<p>La Raison est davantage qu\u2019une facult\u00e9, c\u2019est une vis\u00e9e. Sit\u00f4t que la Cit\u00e9 oublie sa dynamique, tout projet op\u00e9ratif s\u2019estompe et la premi\u00e8re stagne dans l\u2019ordre us\u00e9 des castes parasitaires. Les satrapes de la domination plan\u00e9taire exultent \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9vacuer les reliefs historiques et politiques des R\u00e9publiques, et ainsi de se vautrer pour toujours dans leur bauge financi\u00e8re. Leur communication de propagande n\u2019a de cesse de r\u00e9pandre partout le mensonge et l\u2019obscurit\u00e9. Elle taraude les esprits, tout \u00e0 la fois de craintes, de peurs et de boniments humanitaires. Les archontes du Capital s\u2019emploient \u00e0 contaminer le genre humain de leur s\u00e9nilit\u00e9 historique, \u00e0 coup de confusion et de s\u00e9duction. Tout par\u00e9 de comp\u00e9tences, le technocrate apatride joue de sa fl\u00fbte humanitaire afin de charmer les citoyens de la R\u00e9publique, qu\u2019il destine \u00e0 l\u2019errance infinie dans les circuits de l\u2019usure. Se conformer aux ordres pass\u00e9s, et \u00e0 leurs autorit\u00e9s d\u00e9pass\u00e9es, voil\u00e0 la recette qu\u2019il chante aux oreilles des peuples inqui\u00e9t\u00e9s. Par l\u00e0, il les incite \u00e0 se plier devant le sabre et le goupillon, \u00e0 honorer la crasse de leur esprit, enfin \u00e0 se sacrifier sur l\u2019autel de la sainte mondialit\u00e9. La mis\u00e8re de la conscience favorise la mis\u00e8re de l\u2019appareillage s\u00e9curitaire des soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9caris\u00e9es.<\/p>\n<p>Quel ordre le citoyen peut-il, en effet, attendre du recyclage technocratique des pouvoirs religieux\u00a0? Cet ordre n\u2019en est pas un, mais le d\u00e9dale du minotaure, tapi dans la nuit de l\u2019esprit. Greffer une t\u00eate religieuse sur le corps politique de l\u2019homme moderne, \u00e9quivaut \u00e0 jeter le citoyen en p\u00e2ture \u00e0 la domination convulsive d\u2019un cerveau hallucin\u00e9. Si la R\u00e9publique s\u2019abandonne \u00e0 cette cr\u00e9ature hybride, une sinistre difformit\u00e9 en sera la ran\u00e7on. Comme la soif d\u2019expansion et la cl\u00f4ture de leur univers interdisent aux esprits cl\u00e9ricaux d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la Raison g\u00e9n\u00e9rale de la sph\u00e8re publique, ils restent envo\u00fbt\u00e9s sur eux-m\u00eames, haineux de toute progression. Les instituer comme acteurs publics revient donc \u00e0 d\u00e9figurer le visage unitaire de la R\u00e9publique. C\u2019est livrer le citoyen \u00e0 la voracit\u00e9 de pouvoirs t\u00e9n\u00e9breux qui en demanderont toujours plus. Dans le labyrinthe du monde, le citoyen suit l\u2019usage de la Raison pour s\u2019y retrouver\u00a0; le grever de masques religieux ne fait que l\u2019aveugler puis l\u2019immoler aux m\u00e2choires du pr\u00eatre-minotaure.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Les religions dans la R\u00e9publique et non de la R\u00e9publique<\/h3>\n<p>La R\u00e9publique, arm\u00e9e de l\u2019humanisme civique, op\u00e8re le proc\u00e8s civilisateur. Cultiver la Raison, notre Raison\u00a0: tel est le motif unique qui trame l\u2019\u00e2ge moderne et combat dialectiquement les forces contrariantes. La politique r\u00e9publicaine et d\u00e9mocratique s\u2019anime de la culture de la Raison, de sa tradition et de son horizon. La dite \u00ab\u00a0culture de la diversit\u00e9\u00a0\u00bb, laquelle n\u2019est pas une culture mais une somme incoh\u00e9rente de m\u0153urs et d\u2019usages, reste n\u00e9cessairement impuissante \u00e0 former l\u2019espace de la chose publique, sauf \u00e0 confondre celle-ci avec le march\u00e9 des tribus. La diversit\u00e9 des cultes, croyances ou cr\u00e9dulit\u00e9s, et de leurs m\u0153urs rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9tiage civil et priv\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9. Elle ne saurait rentrer dans la constitution politique du Peuple, \u00e0 peine de le dilac\u00e9rer et d\u2019abolir sa raison unitaire.<br class=\"autobr\" \/>Or, il est des voix publiques qui entreprennent cette r\u00e9gression. Pendant qu\u2019elles agitent le recours au religieux, elles d\u00e9composent le sens commun du bien public. Vicieusement, elles tentent d\u2019\u00e9touffer la question sociale sous de faux probl\u00e8mes religieux qui sont \u00e9chafaud\u00e9s en enjeux politiques. Pourtant la la\u00efcit\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 tranch\u00e9, bien que les pouvoirs r\u00e9gressifs fassent mine de l\u2019ignorer. Dans notre d\u00e9mocratie civique, rien n\u2019autorise les pouvoirs publics \u00e0 traiter les convulsions de pratiques confessionnelles comme si elles participaient de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019Etat n\u2019a pas \u00e0 se soucier du point de vue d\u2019une association cultuelle, il a \u00e0 garantir la libert\u00e9 du culte en sachant n\u00e9anmoins la subordonner aux imp\u00e9ratifs de souverainet\u00e9 populaire, d\u2019instruction publique et d\u2019ordre public.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas des religions de France mais des religions en France, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment car le vocable de \u00ab\u00a0France\u00a0\u00bb ne d\u00e9signe pas un principe politique, il n\u2019y a pas des religions de la R\u00e9publique mais des associations cultuelles sur le territoire de la R\u00e9publique. En effet, un culte ne jouit ni de l\u2019universalit\u00e9 de la raison politique, ni de l\u2019universalit\u00e9 de la raison ouvri\u00e8re\u00a0; il ne participe pas \u00e0 la mise en \u0153uvre des Droits de l\u2019Homme et du Citoyen, et pas davantage au progr\u00e8s des forces du Travail. St\u00e9rile en mati\u00e8re d\u2019utilit\u00e9 publique, il serait inique qu\u2019il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une quelconque faveur de la R\u00e9publique. D\u00e8s lors, L\u2019Etat n\u2019est pas tenu de se pr\u00e9occuper de l\u2019enseignement des cultes et de soutenir leurs pratiques rituelles et le\u00e7ons priv\u00e9es. En outre, dans la perspective des libert\u00e9s cultuelles, L\u2019Etat n\u2019est pas en droit de s\u2019immiscer a priori dans le contenu des confessions\u00a0: la s\u00e9paration la\u00efque les prot\u00e8ge de toute manipulation \u00e9tatique. Mais, s\u2019il s\u2019av\u00e8re a posteriori qu\u2019une pratique confessionnelle viole les principes de la R\u00e9publique, ses responsables encourent les peines pr\u00e9vues par la Loi. L\u2019exp\u00e9rience de la libert\u00e9 pr\u00e9vaut sur les besoins de la s\u00fbret\u00e9.<\/p>\n<p>Puisqu\u2019elle s\u00e9pare les Eglises de l\u2019Etat, la Loi de 1905 \u00e9tablit une norme intangible\u00a0: les organisations religieuses compteront sur leurs seules forces pour maintenir leurs positions au sein de leur concurrence civile, cela \u00e9videmment dans le strict respect de la souverainet\u00e9 nationale et de la Loi r\u00e9publicaine. Ce n\u2019est pas \u00e0 la la\u00efcit\u00e9 \u00e0 s\u2019adapter aux religions, mais aux religions \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 la la\u00efcit\u00e9. Vouloir greffer la religion sur le corps institutionnel de la R\u00e9publique rel\u00e8ve d\u2019un esprit de Concordat. La d\u00e9loyaut\u00e9 politique engendre ici la r\u00e9gression historique. <br class=\"autobr\" \/>Le pouvoir d\u00e9loyal qui vide la la\u00efcit\u00e9 de sa puissance directrice menace la forme r\u00e9publicaine du gouvernement. Il est imp\u00e9ratif pour le citoyen de s\u2019insurger contre ce stratag\u00e8me et d\u00e9jouer les man\u0153uvres dominatrices de l\u2019oligarchie. Il y va du Salut Public. Plus la restauration publique des religions s\u2019insinuera dans les institutions, plus la conscience du citoyen, abus\u00e9 dans son amour de la libert\u00e9, subira la r\u00e9pression. Si la ruse de l\u2019oligarque venait \u00e0 l\u2019emporter, c\u2019est sa propre arri\u00e9ration spirituelle qu\u2019il imposerait \u00e0 la conscience collective. En effet, son habilet\u00e9 maligne est tout enti\u00e8re au service de la reproduction illimit\u00e9e de ses int\u00e9r\u00eats p\u00e9cuniaires. Le satrape du capital ignore tout du Progr\u00e8s\u00a0; emmur\u00e9 dans ses r\u00e9flexes cupides, il patine dans l\u2019usure des \u00eatres et des choses. Ploutocrates et th\u00e9ocrates adorent la m\u00eame divinit\u00e9 qui p\u00e9trifie la vie ouvri\u00e8re des hommes. N\u00e9anmoins, leur d\u00e9mesure am\u00e8ne t\u00f4t ou tard la puissance populaire \u00e0 leur d\u00e9coller le chef.<\/p>\n<p>L\u2019unit\u00e9 indivisible du Peuple, le progr\u00e8s social et la la\u00efcit\u00e9 forgent le tr\u00e9pied politique de la progression humaine. Afin de traverser le d\u00e9dale du monde, le citoyen s\u2019est tiss\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 sa raison inventive, un fil d\u2019Ariane qui a pour nom La\u00efcit\u00e9. Quand elle promeut la la\u00efcit\u00e9, la R\u00e9publique met \u00e0 merci les pouvoirs archa\u00efques et partant, lib\u00e8re la lutte cr\u00e9atrice des producteurs. Tant par l\u2019intelligence des choses qu\u2019elle sollicite, que par la contrainte l\u00e9gale qu\u2019elle exerce, la la\u00efcit\u00e9 relie le Peuple dans la poursuite lumineuse du Progr\u00e8s. Ainsi, les feux fauves de la Raison nous accordent aux m\u00e9tamorphoses du monde.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Par Philippe Forget Philosophe Progr\u00e8s de la Raison, vertus civiques et transparence publique L\u00e0 o\u00f9 l\u2019inconscience dogmatique voit une nature intangible des choses, la conscience <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/blog.fnlp.fr\/?p=306\" title=\"Ethique la\u00efque et unit\u00e9 de la R\u00e9publique\">[&#8230;]<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":1,"featured_media":297,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[29,27],"tags":[],"class_list":["post-306","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-democratie-et-republique","category-philippe-forget"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/306","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=306"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/306\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":307,"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/306\/revisions\/307"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=306"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=306"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.fnlp.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=306"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}