Parole d’évangile…

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par Gérald Cusin

En Moselle, une mère de famille a été privée d’allocations familiales après l’absence de sa fille au cours de religion. L’administration, prise la main dans le sac, a hurlé à « l’erreur ». Erreur ?, vous avez dit erreur ? : Le Rectorat a expliqué que la mère de l’élève – qui fréquente un collège public d’Hagondange en Moselle – avait effectivement demandé une dispense d’enseignement religieux, mais que le dossier n’avait pas été transmis. L’élève a donc été déclarée absente des cours et le versement des allocations familiales a été suspendu à la demande de l’Inspecteur d’Académie de Moselle. L’affaire serait (en février) en cours de réglement. Quand on connaît les lenteurs administratives habituelles, on ne peut qu’avoir des doutes sur la manière dont cette histoire est allée jusqu’à la suspension des allocations familiales. Ce genre de mesure est pris lorsqu’un élève est absent de l’établissement pendant plusieurs semaines sans que l’administration ait pu avoir des contacts avec les parents, ni aucune information sur les raisons de l’absence. Or, il ne s’agit absolument pas de cela ici : l’enfant était absente seulement à un cours, et à un cours bien particulier. Il s’agit, n’en doutons pas, d’une provocation menée jusqu’au bout par certains qui se croient redevenus les maîtres.

Le statut scolaire d’Alsace-Moselle est un héritage des lois allemandes d’avril 1871, lois que la République française, reprenant possession de ses territoires, n’a pas jugé utile d’abolir. On voudrait nous faire croire que c’est « folklorique », que cela ne dérange personne et qu’il faut vraiment être un libre penseur ringard, arc-bouté sur de vieilles lunes, pour en exiger l’abrogation.

Dans quelques temps, si l’on n’y prend garde, les mêmes pressions pourront jouer sur les familles qui souhaiteraient que leurs enfants puissent échapper aux cours dispensés en breton, en languedocien ou en alsacien.

Mais, ceux qui perpétuent la situation anti-laïque et anti-républicaine d’Alsace-Moselle, et qui trouvent dans les représentants de l’Etat que sont les recteurs, les inspecteurs d’Académie, et certains principaux ou proviseurs, de zélés serviteurs, ne font qu’appliquer la parole de l’évangile : « Qui ne croit pas est déjà condamné parce qu’il n’a pas cru en la personne du fils unique de dieu » (Jean -3,18). La suppression des allocations familiales, c’est la vengeance divine contre les mécréants modernes qu’on ne peut plus brûler comme au bon vieux temps : « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté en dehors comme le sarment, il sèche, et les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent » (Jean 15,6)

On aurait bien tort de ne voir dans cette triste histoire qu’un épiphénomène, une anecdote, une erreur. Aujourd’hui encore, on peut être sanctioné pour ne pas vouloir accepter l’endoctrinement, l’abrutissement du discours religieux : Et si cela est possible, c’est parce que c’est la loi : une loi d’exception, certes, mais la loi tout de même. Pourquoi n’a-t-on pas voulu abroger les lois d’exception d’Alsace-Moselle (ni après la première guerre mondiale, ni, d’ailleurs, en 1981) ? Parce que c’était remettre en cause un profonde conviction des Alsaciens-Mosellans ?, ou parce qu’on laissait ainsi en place un coin enfoncé dans la chair de la République laïque ? zone contaminée qu’on pourrait – à l’occasion – étendre à tout le pays ?

Il faut une religion au peuple disait, je crois, Napoléon.

Ainsi persiste l’alliance du trône et de l’autel. Des personnes aussi raisonnables que Vladimir Poutine et Bill Clinton, l’ont quant à eux, parfaitement compris. Le premier se signe hostensiblement devant les caméras avant de prendre la parole en public (on se demande où cet ancien du KGB a eu le temps de suivre des cours de catéchisme, sauf à imaginer que le statut exceptionnel d’Alsace-Moselle s’appliquait également à l’URSS, et que Madame Poutine-mère craignait qu’on ne lui sucre les allocs). Il est vrai que le tsar Alexandre III, donné en exemple par les partisans de Vladimir, pratiquait déjà l’alliance avec l’Eglise et l’aristocratie pour réduire toute opposition.

Quant à Bill Clinton, on se rappelle peut-être qu’en pleine affaire Lewinsky, il n’hésitait pas à se rendre à l’office – devant les télévisions du monde entier – arborant un gros missel. On prétend – mais ces bruits sont à prendre avec des pincettes – que Clinton aurait mal interprété pour des raisons de prononciations, ce que lui disait la pieuse Monika « Jesus, t’aime ? ». Allez savoir, surtout qu’en anglais ; cela ne doit pas se dire de la même manière.

Les futurs candidats à la Maison Blanche, n’y vont pas non plus avec le dos de la cuiller : Le républicain George Bush Jr. affirme que le philosophe politique qui a le plus influencé sa pensée, est le Christ : « parce qu’il a transformé mon coeur », et le démocrate Gore, affirme qu’il se pose souvent la question « Que ferait Jésus ? ». D’ailleurs ce « What would Jesus do ? » est le nouveau gadget à la mode aux Etats-Unis, où on trouve les initiales WWJD sur toutes sortes d’objets et notamment sur des bracelets.

N’est-ce pas Luc (19, 27) qui fait dire dans une parabole dans laquelle le personnage principal est assimilé au Christ : « Quant à ces gens qui me haïssent et n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et massacrez-les en ma présence » ? : Le prochain maître des USA, qu’il soit démocrate ou républicain, n’en doutons pas, saura appliquer avec zèle et fermeté cette parole d’évangile.