Incompatibilités

par Gérald Cusin

L’incompatibilité, je ne vous ferai pas l’injure de vous l’apprendre c’est l’impossibilité de s’accorder, d’exister ensemble, résultant de différences essentielles. Monsieur Henri Brincard, qui exerce la coupable industrie d’évêque du Puy-en-Velay (appelez-moi simplement monseigneur), vient de rappeler le 8 mars dernier, via le « service de communication de son diocèse » (mazette !), une vérité dont l’urgence n’échappera à personne : Peut-on être catholique et franc-maçon ? M. Ringard répond : « je dis clairement, non ! »

C’était d’ailleurs, nous le rappelle-t-il pour le cas où nous l’aurions oublié, le sujet d’une contribution datée du 26 novembre 1983, signée par Monsieur Ratzinger directeur du tribunal de l’inquisition (alias « Congrégation pour la doctrine de la foi »)

Monsieur Brancard rajoute : « il faut surtout souligner que la franc-maçonnerie verse dans un rationalisme typique du « siècle des Lumières » (les guillemets sont de lui). Un tel rationalisme est une infirmité intellectuelle. En effet, quiconque cherche la vérité, l’aime pour elle-même, sans jamais prétendre qu’elle provient de la seule raison humaine. » M. Brocard conclut dans une envolée qui fait frémir sa soutane : « L’opposition farouche de la maçonnerie au salut apporté en Jésus-Christ fait penser à cette réflexion d’un grand ( ?!) écrivain de notre temps : « Le plus impressionnant aujourd’hui n’est pas que l’homme fasse le mal, c’est-à-dire se détruise et détruise les autres. Le plus effrayant est que l’homme veuille se passer de Dieu pour faire le bien. »

- Holà ! Mesdames et Messieurs les catholiques, que l’on déloge sans trompette, où je vais avertir tous les rats (tzinger) du pays !

- Ben on est bien obligé, puisque c’est incompatible ! D’ailleurs, chez nous, tout est plus ou moins incompatible, et hors de Jésus-Christ, point de salut …

- Ah !, Mais non !, Détrompez-vous, tout n’est pas incompatible. Il y a plein de choses que vous pouvez faire tout en restant de très bons catholiques.

Quelques exemples, pris au hasard dans une longue liste.

On peut être pédophile jusqu’à la garde et être un très bon catholique, ça n’est pas incompatible. C’est de ce crime que 130 personnes accusent un prêtre catholique américain, un certain John Geoghan, âgé de 66 ans qui a exercé son ministère pendant plus de trente ans au Massachusetts (Massachusetts, certes, mais baisse son pantalon .) Ce dernier était muté chaque fois que le scandale allait éclater (les victimes auraient reçu de la part du diocèse entre 10 et 40 millions de dollars pour retirer leur plainte.)

D’ailleurs, on peut être archevêque et cardinal, mentir à la justice et être un très bon catholique, ça n’est pas incompatible. C’est ainsi que le cardinal Law, archevêque de Boston n’a révélé que récemment aux autorités judiciaires les noms de soixante-dix prêtres coupables de violence envers des enfants au cours des 40 dernières années.

On peut être pro-nazi, se taire sur le massacre de millions d’hommes et de femmes, et être un excellent catholique, promis à la béatification. Cela n’est nullement incompatible.

On peut avoir sur la conscience des milliers de morts du sida parce qu’on leur dit qu’il ne faut pas mettre de préservatif, et être un fantastique catholique. Il n’y a aucune incompatibilité.

On peut prôner que le viol est moins grave que l’avortement, et être un catholique sang pour sang.

On peut obliger tous ceux qu’on accueille dans un mouroir à se convertir au catholicisme sous peine de retourner crever dans la rue, et être une super-catholique, aucune incompatibilité non plus.

On peut, au cours des siècles avoir béni toutes les guerres, s’être tu sur l’esclavage et avoir béni la colonisation impérialiste, massacré tous les opposants, couvert tous les tyrans et criminels de guerre et appuyé les régimes les plus infâmes, et être un excellent catholique. Encore une fois, il n’y a pas de contre-indication.

L’important c’est de ne pas être franc-maçon et/ou de ne pas faire usage de sa raison.

Le sieur Broutard, dont nous parlions au début de cette chronique prétend qu’il ne faut pas avoir une attitude négative face aux non-croyants parce que « les hommes sont souvent bien meilleurs que les doctrines auxquelles ils adhèrent. »

L’Eglise catholique, quant à elle, a depuis longtemps fait la preuve que les hommes qui la dirigent, sont souvent bien plus mauvais que la doctrine à laquelle ils font adhérer.

Mais sans doute, cela non plus n’est pas incompatible.