Les IUFM livrés aux corbeaux et aux laveurs de cerveaux

par Gérald Cusin

Deux jeunes enseignants, stagiaires dans des IUFM [1] différents m’ont fait parvenir le compte-rendu suivant, et m’ont autorisé à vous en faire part. Je conseille aux instituteurs qui, jadis ont fréquenté un endroit qui s’appelait « Ecole Normale » , et qui ont le coeur fragile, de s’asseoir et de respirer calmement.

« Aujourd’hui, cours de « formation générale et commune ». On se retrouve ensemble, les profs d’Histoire-Géo, de maths et d’EPS, pour entendre un cours sur la laïcité. J’avais fait l’erreur d’avoir déjà un peu réfléchi à cette idée et de m’être fait une opinion.

Heureusement, grâce à l’IUFM, je sais maintenant que je pensais mal. En effet, j’ai appris qu’il y avait deux conceptions de la laïcité, la bonne et la mauvaise. La bonne, c’est la laïcité « ouverte », celle qui dit : « les aumôneries dans les établissements scolaires, c’est pas grave » ; « la situation d’Alsace-Moselle, ça gêne qui ? » ; « il faut abandonner le « laïcisme » (sic) car la laïcité, aujourd’hui est reconnue par tous et n’est plus menacée » et, la cerise sur le gâteau (entendue lors d’un cours précédent sur le même sujet) : « Moi, mes élèves, je leur dis ce en quoi je crois, ça clarifie le débat » !!

A côté de la bonne laïcité, il y a la mauvaise, celle des laïcards (re-sic), des conservateurs du lobby enseignant (sic aussi, au moins quinze fois en l’espace de deux heures), de ceux qui n’ont rien compris à l’évolution de la société et de l’école. Et pour bien montrer que la laïcité « ouverte » fait consensus aujourd’hui chez les gens qui savent et qui réfléchissent, le formateur IUFM nous cite un passage d’un vieux tract du SNI faisant l’apologie de cette laïcité « ouverte ». Ah ben oui, ça c’est un argument convaincant !

On a quand même été quelques uns à réagir à cette diarrhée et à dire qu’on était des adultes venus suivre une formation et pas subir une propagande ; qu’il peut exister des opinions différentes sur la laïcité et qu’on voulait bien en débattre mais pas se voir imposer ce type d’affirmations. Et bien, la réponse a été à la hauteur de ce qui avait précédé. Si certains parmi nous sont des farouches défenseurs de la laïcité « fermée » (sic), c’est parce que nous sommes des jeunes, qui débutons et qui avons besoin de nous bâtir une identité professionnelle à partir d’idées simples et fortes. Lorsque nous aurons un peu de bouteille et que nous aurons aussi appris à réfléchir, nous verrons les choses de manière plus nuancée !!!… Je sens qu’on va bien s’amuser cette année à l’IUFM ».

Ce que vous venez de lire, ne représente que le sommet de l’iceberg : A côté de ce qui va suivre, c’était un chef d’oeuvre de diplomatie nuancée dans le but de ne pas effrayer les jeunes qui ont choisi (je n’oserai pas dire dans leur candeur naïve) d’instruire nos enfants. Si parmi vous, il y a des amateurs de films d’horreur, je vous conseille de vous accrocher à vos fauteuils : Séquence émotion (forte)…

Dans d’autres « IUFM » (Institut Uniforme de Façonnage Mental), autre cours, donc, de formation générale (lisez « lavage de cerveau »), assuré par les KAPPO (lisez « Kultur Assénée par Proviseur du Parti Obligatoire ») : « Vous êtes des fonctionnaires, vous devez obtempérer ou démissionner. Beaucoup d’enseignants considèrent que leur métier sert à toucher un salaire et à transmettre le savoir de nos maîtres : ils ont tort : l’objectif principal n’est pas l’enseignement de la discipline, c’est l’élève. Comme dans une entreprise privée, il y a des objectifs chiffrés et une mission quantifiée et nous sommes tenus d’expliquer pourquoi ces objectifs ne sont pas atteints : c’est la culture d’évaluation. Un élève qui redouble, cela coûte 42 000 F à l’Etat : il faut que vous y pensiez. Les parents payent des impôts : Ils ont un droit de regard : lorsque vous faites redoubler les enfants, cela leur coûte de l’argent. Plusieurs partis se sont succédés au gouvernement, mais la loi d’orientation de 1989 n’a jamais été remise en cause : cela prouve que ce n’est pas une question politique, mais une question d’évolution de la société. Quels sont vos objectifs ? : s’ils peuvent lire un contrat de travail et décrypter une publicité, on doit être satisfait. Si plus tard, à l’âge adulte, ils se retrouvent devant la commission d’endettement, ce sera votre faute, et s’ils votent Le Pen, ce sera également de votre faute ».

Je sais très bien ce qu’il y a derrière votre tête : Ce Cusin, il invente n’importe quoi pour nous faire peur. Alors voilà, on reçoit la Raison, on s’installe confortablement pour en savourer chaque page, chaque ligne, et paf ! cet imbécile nous fait faire des cauchemars.

Où est la réalité, où est la fiction ?

Nous sommes en septembre 2020, devant l’entrée du lycée Bécassine. Une dizaine de jours avant la rentrée des élèves, il est 7h30. Une centaine de personnes des deux sexes, le crâne rasé, le regard vide s’avancent, tels des automates, vers la salle de briefing. Sur leur front, on peut voir tatoué : « IUFM, promotion 2000, IUFM promotion 2001, etc… ».

En haut d’une haute estrade se trouvent l’équipe des responsables pédagogiques. Ils portent des lunettes noires, leurs voix résonnent, métalliques dans les hauts parleurs situés aux quatre coins de la pièce. « Bandes de chiens ! Vous n’avez pas atteint les quotas l’an dernier, il y a eu deux élèves qui ont attaqué le supermarché ! : les familles réclament des têtes ! Elles tomberont ! Dans la salle, les zombies répondent d’une seule voix : « Nous sommes les fonctionnaires, qu’Allegro soit béni !, nous devons obtempérer ou démissionner, obtempérer ou démiss… »

Je me réveille en sueur…. Devant moi, il y a une haute estrade, un individu aux yeux masqués par des lunettes noires me parle d’une voix métallique : « Alors matricule 22 175 : Un des élèves que vous aviez eu en classe de bricolage interactif il y a cinq ans, vient d’arracher le sac d’une vieille dame qui se trouve être la mère du président des parents contribuables, vice-président de notre conseil d’administration (dans la salle, mes collègues, car ce sont eux, psalmodient : « Le Conseil d’Administration est Grand et le Proviseur est son prophète, béni soit-il ! ») « Silence, bande de zéros ! : Qu’avez-vous à dire au sujet de cette faute professionnelle, matricule 22 175, avant de démissionner et de perdre vos droits à une maigre retraite, vos fonds de pension ayant été tous mangés dans la crise russo-japonaise ? ».

Notes

[1] Institut de Formation des Maîtres