Miracle !, c’est un miracle !

par Gérald Cusin

La grotte de Lourdes commençait à ne plus faire recette. Un ministre blessé par balle, quelques scandales, des problèmes syndicaux avec les brancardiers qui souhaitaient une réduction d’horaire, tout cela faisait désordre. Le pèlerin moyen n’y retrouvait plus son compte.

Pour lui redonner du coeur et ne pas désespérer les marchands de bondieuseries, il fallait bien un petit coup de pouce. Alléluia, il est arrivé avec le 66ème miraculé. Il eut été malheureux que le siècle se finisse sans.

N’empêche, 66 miraculés depuis 1858… Il y en eut beaucoup au début, et puis de moins en moins. Le dernier datait de 1976. Un peu plus, il n’y en avait plus du tout. Remarquez, on est content pour le « miraculé », car la sclérose en plaques (même si le neurologue dépêché par le Comité International, parle d’une affectation organique de « type sclérose en plaques ») est une véritable saloperie, dont d’ailleurs on ne sait pas grand chose, et c’est ce qui fait qu’on n’a toujours pas réussi à la guérir.

Maintenant, s’il fallait appliquer tout ce que la science ne comprend pas comme étant un miracle. De plus, les conditions dans lesquelles travaille le « bureau des guérisons » laissent à désirer.

Le Comité Médical International de Lourdes est un truc sérieux. Il a attendu dix ans pour annoncer la nouvelle. Alors que le Président des Etats-Unis ne peut pas se permettre les moindres privautés extra-conjugales, vite fait bien fait entre deux portes, sans que la planète entière aille regarder par le trou de la serrure, il ne s’est pas trouvé, depuis 1987, date de la « guérison » de M. Bély, un seul voisin, un seul cousin, un seul passant, connaissant l’état de santé de ce brave charentais pour s’étonner que cet homme, grabataire depuis 1984, se retrouve en parfaite santé. Décidément, la presse n’est pas très curieuse quand ça l’arrange.

C’est vrai. On apprend – selon Associated press – que ce M. Bély, n’ayant pas voulu se démarquer de ses compagnons de maladie, avait souhaité quitter Lourdes en fauteuil roulant, alors que depuis deux nuits il pouvait à nouveau marcher. Ce n’est qu’arrivé à la gare qu’il s’est levé de son fauteuil et est allé s’asseoir comme tout un chacun dans le train. Personne n’a rien dit. « Eh ! a qui il est ce fauteuil roulant vide ? A personne ? Bon. ». Arrivé à Angoulême, personne non plus n’a rien remarqué, aucun de ses compagnons de voyage n’a rien dit. Ne serait-ce que pour gueuler à l’injustice, réclamer un remboursement, quelque chose, quoi. Sa famille l’a accueilli comme si de rien n’était : « Tiens, salut Jean-Pierre, tu marches ? ah bon… Tu veux aller chercher des escargots, on n’a pas eu le temps de faire les courses pour ce soir ? ». Et depuis, aucune fuite, rien.

Et l’évêque d’Angoulême Claude Dagens d’y aller de son couplet : « cette délivrance peut être considérée comme un don personnel de Dieu, comme un événement de grâce, comme un signe du Christ sauveur ».

Moi, je voudrais dire que 66 guérisons miraculeuses en 141 années d’existence, il n’y a pas de quoi se vanter. Quand on pense qu’on ferme des maternités et des services d’urgence parce qu’ils n’accueilleraient pas assez de patients ! Allez, Madame Aubry et Monsieur Kouchner : Vous devez imposer à Lourdes des obligations de résultats : Il ne peut pas y avoir deux poids et deux mesures. Ou le clergé est capable d’augmenter les cadences ou bien on ferme le site.

Et on trouve miraculeux qu’une fois tous les vingt ans (et encore !) Dieu se manifeste en guérissant une personne. Pourquoi celle-là plutôt qu’une autre ? Pourquoi une seule et pas toutes ? Pourquoi une fois de temps en temps, et pas tous les jours à la même heure ? J’avoue que ça me laisserait baba, et que je serais bien obligé de rendre ma carte de libre penseur.

Je sais bien que je ne suis qu’un infâme mécréant, et que les voies de dieu sont impénétrables. Mais enfin : Ou je crois en Dieu et je n’ai pas besoin de miracles, de preuves. Ou j’ai besoin de preuves, et dans ces cas là je ne suis plus tellement croyant que ça. En tous les cas, même si il faut des preuves, alors qu’on nous en donne, qu’on ne fasse pas dans le mesquin, le parcimonieux… je dirais presque le sadique.

Un exemple. Dieu, a fini de jouer à la belote : Qu’est-ce que je pourrai bien faire pour passer le temps ? Tiens, si je faisais un petit miracle ? Bon, je plouffe : Pic et pic et colégramme, bour et bour et ratatam, ce sera toi qui se-ra gué-ri ! et pas les au-tres !

Vraiment, ça fait sérieux, je vous jure.

Et ici, tout le monde de s’extasier : Oh comme Dieu est grand, comme Dieu est bon, comme il s’intéresse personnellement à ses créatures, comme notre foi s’en sort renforcée. Tant pis pour les millions d’autres qui crèvent, de maladie, de faim, de guerre, j’en passe et des meilleures.

Bon, je m’emporte, je m’emporte. L’important, c’est quand même que les affaires vont reprendre, non ?