Monsieur Lustiger, aumônier des pingouins

par Gérald Cusin

Le statut d’exception d’Alsace-Moselle est bien connu des lecteurs de la Raison. Mais sait-on que c’est le gouvernement qui donne son accord à la nomination d’un évêque en France ?. Dans les faits, l’accord Briand – Ceretti (1921-1924) établit un principe d’entente cordiale qui fait que le Président entérine l’évêque désigné par Rome, mais on a vu – en 1948, et en 1952 le gouvernement exercer son droit d’opposition.

En revanche ce que l’on sait moins, voir pas du tout, c’est qu’il existe six autres régimes religieux sur le territoire de la République.

Dans les régimes coloniaux de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion, le Concordat de 1801 a été introduit … en 1850. Un décret de 1911 y fait entrer le régime de séparation, mais les décrets Mandel (voir plus loin) de janvier et décembre 1939, y font régner ce qu’on pourrait appeler une excellente entente entre les pouvoirs civils et religieux.

En Guyane française, le Concordat n’a jamais été applicable et donc on n’a pu y introduire la loi de séparation. Ce département d’outre-mer vit sous le régime promulgué par Charles X, régime sans concordat, dépendant uniquement du gouvernement. Ce sont les dispositions de 1828 qui perdurent, s’y ajoutant les dispositions des décrets Mandel de 1939.

A Mayotte, le régime de séparation n’est pas applicable et le préfet nomme les autorités religieuses musulmanes (religion majoritaire dans ce pays). Bien évidemment, les imams sont rémunérés par les fonds publics. A Saint-Pierre et Miquelon, il n’y a eu ni concordat, n loi de séparation. Le seul régime existant est celui des décrets Mandel : le clergé est donc rémunéré par les fonds publics, les églises appartiennent aux communes qui pourvoient à leur entretien.

En Polynésie, il n’y a également ni concordat, ni loi de séparation. Un décret de 1927 a accordé au culte protestant (majoritaire), un statut spécial ; pour les catholiques s’appliquent les décrets Mandel. Les îles Marquises vivent sous le régime des décrets Mandel, de même que Wallis-et-Futuna et la nouvelle Calédonie.

Enfin, il nous faut aborder le cas douloureux des terres antarctiques et australes. Il est bien connu que si les triangles avaient un dieu, ils lui donneraient trois côtés. Les pingouins, eux, lui ont donné la forme de l’enveloppe charnelle de Monsieur Lustiger, archevêque de Paris de son état, mais surtout responsable pastoral de ses territoires accueillants, quoiqu’un peu frais.

En effet, les ours polaires et les phoques n’y ayant établi aucune législation religieuse, ces territoires ressortissent de la Congrégation des évêques et sont confiés aux bons soins du sus-désigné cardinal.

On imagine aisément des cohortes de manchots, les mains jointes priant sur la banquise, pendant que l’archevêque, dont la vue baisse selon des sources officieuses, vient bénir les pingouines, les prenant pour des bonnes sœurs un peu naines. Ça doit être très beau cette petite calotte pourpre sur la grande calotte glaciaire, gambadant, sautillant presque au milieu des phoques qui applaudissent avec leurs petites nageoires, en faisant tournoyer des hosties sur la pointe de leur nez

Malgré tout, ces sept statuts religieux (si on inclut le statut de séparation consécutif à la loi de 1905) laissent rêveurs. Prenant mon atlas, je me suis amusé ( ! ?) à vérifier et comparer les superficies : La France métropolitaine (551 000 km²), moins le Haut-Rhin (3531 km²), le Bas-Rhin (4786 km²) et la Moselle (6227 km²), cela fait 536 456 km², Martinique (1090 km²), Marquise (1274 km²), la Guadeloupe (1509 km²), la Réunion (2510 km²), la Guyane (91 000 km²), la Terre Adélie (900 000 km2 environ), et je vous passe Mayotte, St-Pierre et Miquelon, les îles Kerguelen, et toutes ces petites choses ; ça nous donne quand même une superficie de 1 011 927 km². Cela n’a l’air de rien, mais les 2/3 du territoire de la République ne sont pas sous le régime de la loi de 1905 !

A une époque où on aime bien revendiquer les droits des minorités : il y a du pain sur la planche. Réclamons haut et fort que la loi minoritaire de 1905 s’applique à l’ensemble des départements et territoires de la République !

Un des problèmes parfois évoqués, lorsqu’on parle de l’abrogation du statut d’exception d’Alsace-Moselle, est celui de prêtres, pasteurs et rabbins actuellement rémunérés sur fonds publics : Qu’en ferait une République véritablement laïque ? Il ne s’agit pas de les mettre au chômage : la République ne fait la guerre ni aux handicapés, ni aux vieillards séniles. On pourrait les envoyer convertir les manchots et les pingouins austraux et antarctiquaux puisque apparemment Monsieur Lustiger a bien du mal tout seul. Après les avoir abandonnés quelques années sur la banquise avec un kit de survie : une boîte d’allumettes (ces gens-là ont le feu intérieur sacré) et une soutane de rechange, on pourrait revenir et voir combien ils ont converti de ces malheureuses bêtes. Si on s’aperçoit que personne ne semble intéressé par leurs prêches, on n’aurait plus qu’à appliquer les méthodes des entreprises modernes pour mobiliser le personnel : ils doivent rentrer tout seul à la nage ou on les licencie.

Bien sûr, défense de marcher sur l’eau.