Vice de forme, formes de vices et parler vrai

par Gérald Cusin

On se souvient qu’il y a peu, un ex-premier ministre candidat malheureux à l’élection présidentielle, nous vantait les mérites des fonds de pension en assurant que ceux qu’ils mettraient en place seraient garantis nets, propres et sans bavures. D’ailleurs, la participation de certaines organisations syndicales au « comité d’éthique » chargé de séparer le bon grain de l’ivraie devaient avoir pour les cochons de payants que nous sommes, la force de « l’imprimatur » religieuse : payez, nihil obstat !, ces actions sont saines et ne feront point rougir vos fronts ridés et vos têtes chenues de retraités.

Répondant en quelque sorte à ce scénario à la Walt Disney, un groupe d’investisseurs américains a, selon l’AFP, lancé début septembre, le « Fonds du vice » qui prend le contre-pied de la mode des fonds politiquement corrects chers à certains. Ils ont décidé de n’investir que dans les armes, le tabac, l’alcool et les jeux. A l’origine de cette initiative une société parfaitement sérieuse la « Mutuals.com ». Son dirigeant, M. Dan Ahrens a déclaré : « Les gens continuent de boire, de fumer et de jouer, quoiqu’il se passe sur la marché, et le monde est toujours en guerre ». Le Fonds du vice se veut un refuge anti-récession en proposant des titres d’une quarantaine de sociétés « pratiquement insensibles à une récession ». Pour tout dire, le slogan de Mutuals.com, société d’investissement basée à Dallas (Texas) est : « Quand c’est bon, c’est très bon et quand c’est mauvais, c’est encore meilleur ! » A ce stade, ce n’est plus un slogan, d’ailleurs, c’est un véritable programme. De plus, cette société affirme qu’en 5 ans, « un portefeuille du vice » aurait affiché une progression de 53%, alors que l’un des principaux indicateurs de performances boursières américaines n’enregistre qu’un poussif petit 12%.

Bien évidemment, ces spéculateurs n’ont rien inventé. Les titres dont il est question sont communément disponibles ailleurs et très largement négociés. Mais ça ne se dit pas.

Je ne voudrais pas avoir l’air de me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais le concept d’humanisation de la mondialisation, – et qui faisait si joli sur la couverture des magazines, m’a l’air d’en avoir pris un sérieux coup dans l’aile. Quand on pense aux milliers de manifestants qui ne sont finalement là que pour amuser la galerie des investisseurs boursiers et des Chefs d’entreprises et de multinationales !…

En lieu et place du politiquement correct, qui fait dans le mou et le consensuel, mais qui ne présente aucun caractère de rentabilité, on pourrait établir le concept du « parler vrai », du politiquement rentable. Ce concept pourrait s’appliquer à de nombreux secteurs. J’en vois un cependant qui aurait besoin d’un sérieux dopage, voire d’un relookage total sous peine de disparaître définitivement au registre des profits et pertes.

Il y a depuis de nombreuses dizaines d’années, une énorme chute des vocations. La presse ne fait écho des quelques ordinations annuelles que pour en souligner le caractère exceptionnel. Les vieux curés ne peuvent plus partir en retraite, ils font sous eux dans les confessionnaux que c’en est une pitié. Les jeunes ne sont plus intéressés par l’idée de mener une vie pauvre avec des costumes ridicules, sans femme, sans enfants, uniquement consacrée à aider les autres à gagner un paradis terrestre, dont personne n’a vraiment une preuve tangible. Avec le « parler vrai », on recruterait tellement qu’il faudrait organiser une sélection sévère basée sur des critères rigoureux.

Vous ne me croyez pas ? Et bien, voici quelques éléments qui pourraient être judicieusement utilisés dans des communiqués publicitaires publiés dans le Monde ou Télérama :

« L’Eglise catholique recrute : Vous êtes jeune. Vous n’aimez pas beaucoup travailler d’une manière productive et dans l’intérêt de la société. Vous pensez que les autres sont des moutons qui ont besoin d’être guidés. Vous aimez vivre à leurs crochets. Vous adorez connaître leurs petits secrets les plus inavouables. Vous aimez juger votre prochain et les tenir sous l’emprise de la terreur. Vous souhaiteriez connaître les joies de la copulation sans connaître les difficultés du mariage. Vous aimez le contact avec les enfants. Vous adorez leur raconter des bêtises pour leur faire peur. Vous ne détestez pas de temps en temps en tâter sans courir trop de risque (dénonciation relativement peu fréquente, mais option soumise à conditions). Vous adorez porter des costumes excentriques et coûteux et participer à des spectacles idiots en manipulant des objets de valeur devant un public béat et qui vous est tout acquis. Vous adorez faire croire à des trucs de magie sans queue ni tête. Vous pensez que vos défauts personnels, vos aptitudes à la servilité au mensonge et à la dissimulation peuvent vous permettre de faire carrière, de monter dans la hiérarchie afin de dire et de faire encore plus de bêtises – mais cette fois-ci à l’échelon mondial, d’être totalement impuni tout en vous garantissant l’estime des grands de la Terre : la prêtrise est faite pour vous !, alors, n’hésitez plus ! »

Faites-moi confiance. L’essayer, c’est l’adopter, et vous m’en direz des nouvelles.