Une bonne prière vaut mieux qu’un long entraînement

par Gérald Cusin

La coupe du monde de football est passée. Les Romains n’étaient pas fous, comme le pense Obélix, mais au contraire fort sages lorsqu’ils faisaient accompagner le général vainqueur – lors de la cérémonie où il était fait imperator -, d’un esclave qui lui murmurait à l’oreille « cave ne cadas », prends garde de chuter, afin de le rappeler à un peu de modestie au moment du triomphe, et éviter que les dieux jaloux ne lui veulent du mal. Le football est un sport qui, comme son nom l’indique se joue avec les pieds. Cela permet d’avoir les mains libres pour téléphoner aux sponsors et négocier les contrats publicitaires. On pourrait leur appliquer cette vieille blague : Comment fait-on pour reboucher une bouteille de champagne pleine ? … Demandez à l’équipe de France de football !

Bref, que n’a-t-on pas dit sur cette coupe du monde !

Mais a-t-on assez pris en compte le rôle de Dieu dans ce football réenchanté ? Comme dans toutes les grandes batailles, il est indispensable de s’assurer le divin soutien. Sans doute les prières des Français n’ont-elles pas trouvé grâce aux yeux du Seigneur. Chacun y allait pourtant de son gri-gri : et que je t’embrasse une médaille avant d’entrer sur le terrain, et que je te fais le signe de croix, et que je verse de la terre consacrée discrètement sous le banc de touche, j’en passe et des meilleurs.

Le taureau offert en holocauste ne fait plus recette. C’est dommage, car l’odeur de la graisse brûlée, des entrailles, des deux rognons et du grand lobe du foie était suave et plaisait au dieu des armées comme nous le rappelle fort justement le Lévithique. Mais un holocauste, ça abîme les pelouses et ça indispose les marchands de hots-dogs. Il y a bien le barbecue électrique, mais il est difficile d’y poser un taureau, même en morceaux.

On a beaucoup ri de la méthode africaine qui consistait à mobiliser tous les marabouts pour jeter des sorts sur les équipes adverses : leur truc est valable contre les petites équipes mal entraînées, mais pas quand les choses sérieuses commencent. On l’a bien vu. De plus, arrivé à un certain niveau, toutes les équipes ont leurs marabouts.

Mais personne n’a osé se moquer de ce prêtre britannique auteur d’une très sérieuse prière qu’il a récitée avant le match Angleterre-Brésil. Je vous la livre : « Ô Seigneur, que ta main se lève et anéantisse la puissance de Ronaldo et Rivaldo. » Cela fleure bon le christianisme comme on l’aime, non ?

A mon avis, c’est un peu court et ce n’est pas très efficace. Dieu est évidemment très occupé puisque chaque partie souhaite qu’il travaille uniquement pour elle. De plus, la plupart des grandes manifestations sportives se déroulent en même temps, il faut qu’il sache exactement ce qu’il a à faire, il ne connaît pas forcément toutes les règles. Imaginez une demande mal comprise et un ange voletant de ci de là sur le terrain, porteur d’une valise pleine de dollars et ne trouvant pas les juges à qui les verser au bord de la patinoire. Ou bien le même ange chaussant ses lunettes et posant ses seringues et ses pilules un instant pour voir où tous ces types qui courent dans tous les sens ont pu mettre leur vélo. Cela risquerait d’entacher l’image du sport vis à vis des jeunes.

Si on veut de la rentabilité, il faut absolument être extrêmement précis dans les demandes. On pourrait par exemple réciter ceci : « Seigneur, fais que l’arbitre ait le dos tourné lorsque nos joueurs seront en faute, fais qu’un mur invisible rende nos buts infranchissables. Ô mon Dieu, manifeste ta puissance en donnant à nos joueurs des jambes deux fois plus longues, fais que les joueurs d’en face aient la taille des brins d’herbe de la pelouse. Fais que le ballon soit léger à nos pieds et lourds à ceux de nos adversaires. Montre-nous ta clairvoyance en élargissant notre gardien à la taille de ses buts. Fais que leur but soit aussi large que l’Arc de triomphe et aspire la balle dès le milieu du terrain, que le gardien adverse perde son short, s’emmêle les pieds avec ses lacets au moment où nos joueurs passeront à l’attaque, et reçoive sur le terrain un appel téléphonique lui annonçant la mort de toute sa famille pendant que les autres joueurs ennemis auront tous un besoin pressant et irrépressible. Ordonne que les femmes de ces joueurs deviennent stériles si jamais ils marquaient un seul but, et que leurs enfants soient maudits jusqu’à la septième génération, et comme tu le fis pendant l’Exode, ordonne qu’ils dévorent la chair de leurs enfants pendant que leurs maisons seront brûlées et qu’on jettera du sel sur leurs ruines. Par dessus tout fais , Ô Seigneur dans ta grande bonté, que tous leurs sponsors les abandonnent et viennent à nous pour déverser leur manne bienfaisante dans les siècles des siècles. Tu es mon coach, Ô Seigneur, dans les verts pâturages où tu m’as amené, je ne saurais perdre un seul match où tu me conduis. Amen. »

Là au moins il y aurait du sport, on pourrait voir réellement la puissance divine et vérifier avec précision dans quel camp il est.