Les cloches sont revenues de Rome, hélas !

Les cloches ont sonné à toute volée en ce jour de Pâques (y compris sur la tête d’un malheureux paroissien de Sainte-Anne de Lanvallay dans les Côtes d’Armor, mais croire comporte des risques, on n’y songe jamais assez.)

Cependant, d’autres cloches s’en sont également données à cœur joie dans les media déchaînés de ce mois d’avril. Je veux parler des « historiens », des « journalistes », et autres spécialistes es-théologies, biblologues et evangilophiles.On ne pouvait pas allumer le poste ou la télé sans tomber sur de doctes « chercheurs », de savants « exégètes » s’efforçant de nous faire croire aux fondements historiques sérieux des histoires véhiculées par l’ancien et le nouveau testament. Bien évidemment, tous ces messieurs (et dames) étaient prêtres ou membres de facultés ou de centres théologiques : Pas un seul historien ou chercheur indépendant dans le tas. On était, même sur Arte, entre gens de bonne compagnie et personne n’a pu simplement poser la question de l’invention totale, pour ne pas dire de la vaste escroquerie. Sur la « Cinq », on a même pu entendre – sans rire – que l’absence de traces historiques fiables, écrites, n’était pas un problème, parce qu’à cette époque la transmission orale était très importante et tout aussi fiable qu’un document ou une quelconque trace archéologique, c’est dire ! Le film de Mel Gibson, rempli de bondieuseries saint-sulpiciennes sanguinolentes y a fortement contribué évidemment. Ainsi, au pays des kangourous, les messes de Pâques ont attiré un regain de foule, alors que le pape se plaignait encore dernièrement que les Australiens préféraient regarder le sport à la télé plutôt que d’aller à l’église. John Bathersby qui exerce la coupable industrie d’archevêque de Brisbane, affirme que c’est le film « relatant les douze dernières heures du Christ » qui a attiré le peuple. « Il y avait beaucoup plus de violence que je n’aurais voulu dans ce film (il en aurait voulu, certes, mais un peu moins sans doute), mais il y a malgré tout des moments géniaux et j’ai pensé que c’était un film génial . » Peut-être les chrétiens ont-ils espéré, en remplissant l’office dominical, qu’ils allaient assister à une géniale et véritable mise en croix, comme dans le film, et au passage – en guise de défoulement – au lynchage en temps réel de quelques juifs commis d’office, allez savoir ?

Cependant la palme revient sans doute à l’inénarrable Henri Tincq, représentant en dieu au journal Le Monde . Sous le titre « les traces historiques de Jésus restent rares et fragiles » (Le Monde du 7 avril), cet érudit nous prouve que si la masturbation rend techniquement sourd (c’est un fait dont les preuves sont passées de main en main au cours des siècles), elle n’empêche cependant pas d’écrire. Il consacre cinq colonnes à rappeler (à son grand dam, sans doute), « [qu’]aucune trace archéologique connue ne vient corroborer les récits évangéliques de la vie de Jésus (…) dans l’Israël du premier siècle », que les écrits chrétiens n’ont aucune fiabilité (forcément partiaux, et de plus très postérieurs aux premières années du (sic) « 1er siècle de notre ère » (vulgaire) : le premier évangile canonique (Marc) aurait été composé vers 65 à Rome – les autres beaucoup plus tard, et les lettres de Paul (dont l’authenticité est également douteuse ) des années 55-60, enfin que les écrits latins (Pline, 112 ap. J.C., ou Tacite 116 ap. J.C.) sont soumis également à caution du fait de probables interpolations. Quant au récit de Flavius Josèphe, plus personne, à part cet excellent journaliste, n’ose encore les citer, dans la mesure où tout le monde sait qu’ils ont eux aussi également été « retravaillés. » De la disparition de tous les textes critiques datant du premier siècle, et qui sont cités pas de nombreux historiens ou chroniqueurs fiables de cette époque, il n’en est bien sûr pas question.

Tout cela d’ailleurs ne l’empêche pas de commencer, dans un encadré, (« Faut-il croire aux quarante miracles ? ») par une formule péremptoire : « Qu’un prophète nommé Jésus ait existé, qu’il soit mort sur une croix, n’est plus contesté. » On croit rêver ! Toute la recherche indépendante est rayée d’un trait de plume. Le vieil Hugo a toujours raison lorsqu’il accusait le parti clérical de vouloir faire des ratures dans le grand livre ouvert de l’humanité.

Malgré tout, il nous apporte des preuves. Elle valent leur pesant d’eau bénite : Une preuve de l’existence du Christ ? En voilà une : on a trouvé dans le théâtre de Césarée (capitale administrative de Judée), en 1961, une statue portant les noms de l’empereur Tibère et de Pilate : « C’est la première preuve épigraphique de l’existence de Pilate cité depuis des siècles dans le Credo des chrétiens. » Personne n’a jamais mis en doute l’existence de Pilate, mon cher Henri, c’est de celle de Jésus Christ dont on parle ! Un peu plus loin : « En 1968, à Jérusalem, dans le quartier de Giv’at ha-Mivtar, des chercheurs israéliens ont mis à jour la tombe, datant du premier siècle, d’un crucifié nommé Jonathan. De quoi préciser – sans certitude – la façon dont Jésus a été mis à mort. » Donc, je résume, et attention, je ne le répéterai pas deux fois, vous n’avez qu’à suivre : Si un Pilate a existé, et qu’on dit que c’est lui qui a condamné Jésus, c’est bien que Jésus a existé, sinon, on ne voit pas très bien qui Pilate, gouverneur de Rome en Judée, aurait bien pu condamner, et de une ! Allons plus loin : si on a trouvé la tombe d’un crucifié entre l’an 1 et l’an 99 – ce qui laisse de la marge – par la méthode traditionnelle avec laquelle on exécutait d’une manière infamante, les non citoyens, et notamment les esclaves à cette époque), c’est donc bien la preuve également de l’existence du Christ dont on dit qu’il a lui même été crucifié : Et de deux ! Ça vous la coupe, hein ?, bande de mécréants !…

Henri Tincq fait la fine bouche sur les miracles. Il s’interroge, dubitatif : « Sont-ils nécessaires à la foi ? » Ce n’est pas l’avis de Jean-Paul II, qui détient le record Guiness de la sanctification tous azimuts. Des centaines de nouveaux saints, qui pour accéder à cette distinction ont dû être gratifiés d’au moins deux miracles chacun, si ce n’est pas nécessaire à la foi, on se demande alors ce qui est nécessaire ? Attention, Henri, tu sens le fagot !

Pour finir, il reste la croyance, contre laquelle on ne peut rien. Libre à ceux qui croient –même des sornettes – d’y croire. Le tout, c’est qu’ils arrêtent de vouloir forcer tout le monde à faire comme eux.

(En logo, non ce n’est pas l’empereur Palpatine…)