Un nouveau pape est appelé araignée

Hagiographie

C’est l’histoire d’un ancien employé espagnol d’une compagnie d’assurance, Clemente Dominguez, né en 1946. Son nom ne vous dit probablement rien, mais cependant, je me dois de vous annoncer son décès mardi 21 mars de cette année [1]. Clemente Dominguez était pape, et il a régné sous le nom de Grégoire XVII depuis 1978. après avoir instauré un nouveau culte dans son petit village de El Palmar de Troya près de Séville.

C’est en 1968 qu’il reçut les plaies du Christ,  et ce stigmatisé devint rapidement l’objet d’un culte qui attira des foules si nombreuses, que l’évêque de Séville affirma que le village était devenu « la proie d’une hystérie collective de type superstitieux. » Ce type d’hystérie est à distinguer sans aucune ambiguïté des rassemblements rationnels du type Lourdes ou Fatima : dans ces derniers, pas l’ombre d’une superstition, cela va sans dire.

A la suite d’un accident de voiture, il perdit la vue. Un an après, il fut ordonné évêque par un archevêque renégat Mgr Ngo Dinh Thuc , passé du côté obscur de la force. L’ange blanc du Vatican ne l’entendit pas de cette oreille, et il excommunia aussitôt ce faux évêque, qui – ayant été ordonné par un évêque, même renégat – restait, même excommunié, bel et bien évêque catholique. C’est pas simple les ordres surtout quand il y a le désordre. Dans la même charrette, le Vatican excommunia l’ensemble des fidèles qui suivaient le mauvais berger.

Mais, en 1978, Clemente Dominguez fit une rencontre qui joua un rôle décisif dans sa carrière : la Vierge lui apparut. Elle lui donna un ordre auquel il ne pouvait se soustraire : « Il faut dénoncer Vatican II : proclame-toi pape à la place du pape ! » C’est ce qu’il fit.  On ne refuse pas ce genre de mission quand elle vient du Seigneur ou de son épouse. Devenu donc Grégoire XVII (Napoléon XIV était déjà pris, et ce n’est pas un prénom très papal.), il réalisa trois choses importantes et qui ont marqué l’histoire : D’abord, il a canonisé le dictateur Franco pour avoir défendu le catholicisme pendant la guerre civile. Ça, même à Rome on n’avait jamais osé. Il faut dire que c’est autre chose qu’un Stepinak croato-fascite de seconde zone, non ? Ensuite, sur sa lancée, il a excommunié Jean-Paul II. C’est la raison pour laquelle le souverain du Vatican n’aimait pas trop son collègue. On le comprend. Ce n’est d’ailleurs pas nouveau : à la grande époque où il existait un pape à Rome et un en Avignon, ils passaient leur temps à s’excommunier l’un-l’autre. Pour faire bonne mesure, d’ailleurs, il a également excommunié toute la famille royale. Ce qui fait que le monarchie espagnole n’est plus catholique. Les républicains devraient en profiter.

Sa véritable grande oeuvre, celle qui va perpétrer son souvenir, c’est la fondation de son ordre religieux : « les carmélites de la Sainte-Face » Sans rigoler, cet ordre monastique compte des centaines de nonnes et de moines dont les biens s’élèvent selon les journaux espagnols à 90 millions d’euros. Eh oui ! C’est le triste exemple d’une secte qui n’a pas complètement réussie.

Un autre pape est appelé à régner (dans le plafond)

Il ne faut pas confondre ce Grégoire XVII là, avec un autre Grégoire XVII. Jean Gaston Tremblay, originaire du Canada, alias Jean Grégoire de la Trinité, également proclamé pape par lui-même et quelques uns de ses amis, poursuivit à la fin des année 90 par la sûreté du Québec pour une vingtaine d’accusations : attentats à la pudeur, agressions sexuelles, grossière indécence et voie de fait contre cinq adolescents pensionnaires de son monastère. Il fait partie de Apôtres de l’Amour infini fondé dans les années 50 par Michel Collin, un prêtre français d’origine lilloise qui s’était proclamé également pape, sous le nom de Clément XV suite à des apparitions de la vierge (encore elle ! Dieu ne peut donc pas l’obliger à rester à la maison au lieu d’aller foutre le bordel partout ?) et qui lui aurait donnés des « messages non connus et gardés secrets » (c’est dire si je ne vous en dirai pas plus !)

Araignée du soir, bonsoir

Il paraît qu’il existe encore un troisième Grégoire XVII. Pourquoi cet acharnement ? Il paraît que c’est le pape de la fin du monde, selon des prophéties attribuées à Malachie : la France donnera au monde un Grand Roi et un Grand Pape qui dépasseront les Monarques et les pontifes des plus beaux siècles.. Ce pape descendant de Louis XVII réformera l’Eglise, rassemblera le troupeau dispersé et s’appellera, Grégoire XVII. On comprend mieux maintenant pourquoi tout le monde veut s’appeler comme ça.

Évidemment, notre Grégoire espagnol avait un handicap au départ : il était Espagnol et pas Français. Qu’à cela ne tienne ! Il a construit sa propre eschatologie : il allait mourir crucifié à Jérusalem, puis il ressusciterait sous le nom de Pierre II. Il a raté sa sortie, semble-t-il. Dommage, on avait failli y croire.

Si vous désirez vous-mêmes vous faire reconnaître comme pape sous le nom de Grégoire XVII, écrivez au journal qui transmettra, afin que vous soyez inscrit dans la liste. Pas sérieux, s’abstenir, évidemment.

Notes

[1] 2005