Tant qu’on a la santé !

Rappelez-vous, c’était il y a quelques semaines, début janvier. On réveillonne en famille, on se congratule entre collègues, voisins, amis : « Bonne année ! » … « Oh oui !, et surtout la santé, hein !… Parce que, tant qu’on a la santé, c’est le plus important ! » … « Ça, c’est bien vrai, allez ! »

Et bien, pas du tout ! Vendredi 18 février, en provenance du Vatican, toujours à la pointe de l’avant-garde en matière de réflexion progressiste sur le monde, un message nous est parvenu. Un message et un exemple : « Alors que des millions de personnes dans le monde luttent contre la faim et la maladie sans le moindre accès à la médecine, dans les pays riches le concept de santé en tant que bien-être participe de la création d’attentes irréalistes sur la possibilité pour la médecine de répondre à tous les besoins et tous les désirs ». Et qui a dit ça ?M. Maurizio Faggioni, théologien et moraliste à l’Académie pontificale pour la Vie, lors de la conférence de presse inaugurant les travaux de cette noble institution.

Voulez-vous une preuve du bien fondé de telles déclarations ? En voici une, et de taille. Elle nous vient du président de cette docte assemblée, Elio Sgreccia, ci-devant Monseigneur : « (…) Depuis que l’OMS a défini la santé comme « un bien-être complet de nature physique, psychique et sociale », cette valeur est devenue utopique et mythique puisqu’elle porte à un concept édoniste dont les conséquences risquent d’être mortelles …. au nom du droit à la santé de la femme, n’a-t-on pas légalisé l’avortement ?… Jusqu’où pourrait aller ce que l’on appelle le droit à la santé ! Existe-t-il un droit à la santé à tout prix, ou bien un droit aux soins médicaux ? » J’espère que vous êtes convaincus.

Autre chose ? Un magistrat, – membre de cette commission – , Jean-Marie Le Mené, a traité de la « gestion sanitaire des pays riches ».

Jean-Marie Le Mené, n’est pas un inconnu. C’est le co-fondateur, avec Jérôme Lejeune, de l’association « Laissez les vivre ! », qui compare les uterus des femmes qui avortent à des « fours crématoires ». Il est l’actuel président de cette honorable institution.. C’est donc un homme de progrès comme on aimerait en rencontrer plus souvent. Et bien, que déclare-t-il notre bon Jean-Marie ? : « La gestion sanitaire des pays riches évolue vers une demande effreinée de bien-être. » C’est vrai, par exemple, on a bien vu nos vieux il y a deux étés, à la recherche effreinée et utopique de la fraîcheur. Dans les régions éloignées – pour ne parler que de ceux-là – , des édonistes exacerbés n’en sont-ils pas à réclamer le maintien de leur hôpital : jusqu’où ira la décadence ?, je vous le demande !

Toute cette dénonciation en règle du droit à la santé, qui permet par ailleurs de rappeler que l’abstinence et la fidélité sont les deux mamelles de la lutte contre le SIDA, a un autre but, plus pragmatique, plus direct, plus immédiat. Elle ne tombe pas du ciel, comme c’est le cas en général pour tout ce qui provient du Saint-Siège.

Un psychiatre, neurologue, Manfred Lütz a présenté une analyse imparable. Accrochez-vous au journal, parce que c’est assez renversant : « On vit désormais dans l’ère de la religion de la santé … la santé étant devenue un bien social à l’instar des autres, envisagée comme un produit que l’on peut fabriquer (…) Si la santé représente la valeur suprême, l’homme sain devient l’homme vrai. Par conséquent, qui n’est pas en bonne santé et pire, ne peut la retrouver, devient automatiquement un individu de seconde ou troisième catégorie ».

Bon, il fallait le dire tout de suite : Mais non, personne ne pense que le pape malade est devenu un homme de deuxième ou troisième catégorie. Il n’est en rien diminué, c’est évident, et cela se saurait ! : est-ce que c’était bien la peine d’en passer par toutes ces circonvolutions pour nous transmettre ce message ? Le pape est un homme de première catégorie. Enfin, nous, on pense qu’en principe, il n’y a pas de catégories chez les êtres humains en vertu de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (longtemps combattue ouvertement par l’Église) : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. » Je ne sais pas bien ce que c’est qu’un homme de seconde catégorie, voire de troisième. Sans doute, le Vatican nous éclairera-t-il, prochainement. Il est vrai qu’il a longtemps prôné la notion de « peuple déicide », pour désigner les juifs. Il sait donc de quoi il parle.

Quelques touches d’espoir

On connaissait déjà les efforts de l’épiscopat français pour soutenir les divers gouvernements dans leur volonté de réduire l’accès aux soins des assurés sociaux en France, on voit que leur exemple a été pris en compte par les plus hauts sommets internationaux. On ne peut que s’en réjouir, évidemment : il en est de la Conférence des Evêques de France, comme des entreprises françaises du CAC 40 : Ça marche mieux à l’étranger.

Témoins ? Les dernières statistiques publiées par la C.E.F. , concernant l’état de la religion catholique sur le territoire de la fille aînée de l’Église. La pauvre, elle perd ses poils, si j’ose dire !

Le nombre des baptisés a chuté de 100 000 en dix ans. 385 665 en 2002, contre 472 130 en 1990. Encore s’agit-il du nombre total d’oints et d’ointes. Les « malgré nous » (de 0 à 7 ans), ne représentent plus que 365 107 malheureux en 2002, contre 458 626 en 1990. Quant aux « benêts » (au-delà de 7 ans, âge qu’on qualifie pourtant « de raison »), ils sont passés de 13 504 en 1990, à 20 353 en 2002. On est quand même loin de « l’immense vague de renouveau de la religiosité » dont nous bassinent les journaux : 6.800 de plus en 10 ans, contre 100.000 de moins : il faudra du temps pour remplir à nouveau les édifices cultuels.

Ramenés au nombre total des naissances (761 630 en 2002, source INSEE), et tenant compte des variations saisonnières, dans 20 ans (le nombre de naissances étant plus ou moins stable), les catholiques ne représenteront plus grand chose numériquement parlant.

On apprend également que le nombre de confirmations (renouvellement du baptême vers 13/15 ans), était de 58 000 en 2002 (moins 40 000 par rapport à 1990), et que le nombre de mariages catholiques entre conjoints catholiques est passé de 136 956 en 1990 à 97 259 en 2002. Pour mémoire ; (source INSEE), le nombre de mariages civils (le seul « obligatoire ») était de 279 087 en 2002 : On en est donc à environ 34% de la population des mariés. Pour essayer d’enrayer le processus, l’Église autorise maintenant le mariage à l’Église, même si seulement un des conjoints est catholique (l’autre attend dehors au bistrot avec les copains ou les copines ?, ou fait contre mauvaise fortune bon coeur ?) : le résultat n’est d’ailleurs pas très encourageant : 10 190 en 1990, 12 450 en 2002 … pas de quoi entonner des cantiques.

Donc, si vous m’en croyez : Continuez à vous souhaiter une bonne santé au jour de l’an : Cela n’est pas très catholique et en plus vous devenez chaque jour plus majoritaires …