Sur la prévention, c’est le pape qui décide

« Pour le moment, nous devons penser à l’aide. Quand nous aurons résolu ce problème, qui est une urgence pour 40 millions de personnes malades dans le monde, alors nous pourrons penser à la prévention. » Le futur prix Nobel qui a formulé cette ânerie s’appelle Javier Lozano Barragan – cardinal de son état -, il fait également président du Conseil pontifical pour la santé. Le 14 décembre de l’an passé [1], le Vatican a demandé à tous les chrétiens du monde de donner 5 € pour aider à la lutte contre le Sida. Le Javier de la crêche a ajouté : « Sur la prévention, c’est le pape qui décide ».

Outre que sur ces 40 millions il y en a une bonne part qui sont directement de la responsabilité de l’Eglise de Rome, c’est un peu comme si on demandait à l’incendiaire d’éteindre le feu, ou si on disait, à propos de la circulation routière : Commençons par enterrer les automobilistes qui chaquent jour meurent à ce carrefour, et on verra ensuite à mettre un panneau « stop » pour limiter les accidents.

Heureusement par ailleurs que les chrétiens ne suivent pas la plupart des préceptes imbéciles accouchés chaque jour par le (saint) Siège. C’est dommage d’ailleurs, moi je pense qu’ils devraient y être contraints, comme autrefois, sous peine d’excommunication, voire de bûcher. La croyance ne devrait pas offrir que des avantages. Un peu plus de discipline et quelques exemples muscleraient ce tas de mous-mous. Bon. Je plaisante.

En plus, on sait que la majorité des chrétiens – tendance Vatican – vivent en Amérique du Sud. Dans des régions malheureusement assez largement ravagées par cette maladie.En plus, 5 € là-bas, ça doit représenter à la louche une dizaine de jours de travail, soit 1/3 d’un salaire mensuel (quand on a un salaire). C’est un peu comme si on demandait ici entre 200 et 300 € par personne touchant aux alentours du SMIC.

On se demande quelle conception de l’aide ont les cardinaux bien portants ? Je ne dirais pas gros et gras pour ne pas tomber dans un anticléricalisme primaire qui n’a pas lieu d’être dans ces colonnes et dont on ne manquerait pas de nous accuser s’il prenait l’envie brusque au clergé de s’informer un peu en lisant la Raison.

« Sur la prévention, c’est le pape qui décide. » Et de rajouter : « L’utilisation du préservatif pour éviter la propagation du Sida n’est pas acceptable, parce que l’objectif est la lutte contre la fornication. »

Fornication … fornication … voyons voir mon Petit Robert : « du latin fornix, « prostituée », les prostituées se tenant à Rome dans des chambres voûtées (fornices « voûtes ») pratiquées dans les murs des maisons (ce n’est qu’à Amsterdam qu’on y a mis des vitrines.) : la fornication, c’est le péché de la chair, les relations charnelles entre deux personnes qui ne sont ni mariées ni liées par des voeux. »

A l’origine, et avec Paul, l’Eglise considérait d’ailleurs le mariage comme un pis-aller, justement pour éviter la fornication. Il est bien connu que la prostitution et les relations hors mariage se développent à cause du préservatif et que les enfants qui naissent porteurs de cette maladie doivent payer pour leurs parents. « Nous le faisons pour défendre la vie », conclut Barragan. Et c’est pour ça qu’on laisse augmenter le nombre de promis à la mort. Mais tous ces gens qui crèvent en Afrique et ailleurs, c’est pain béni pour récupérer des ouailles : Diable, l’angoisse de la mort qui arrive, attire le prêtre comme la charogne les mouches. C’est toute la tradition chrétienne qui est concentrée là : le peché originel. Tout est dit. Et en plus « passez la monnaie ! »

Qu’à cela ne tienne, du moment que c’est lié à la religion, on peut tout dire et son contraire : les medias recueillent chacune de vos graves pensées comme le sel de la terre. Imaginez un instant qu’un ministre de la santé (ils sont aussi capables du pire, mais bref …) proclame : « pour le moment, nous devons penser à l’aide, puis quand on aura apporté cette aide ( ?) aux millions de personnes qui souffrent et dont le nombre ne cesse d’augmenter, alors on verra à se préoccuper de la prévention … » Je ne sais pas combien de temps il tiendrait. En tous les cas, il se ferait certainement bousculer. Mais là non ! Qui a dit ça ? Ah ! … un cardinal ! Ah bon ! Comme c’est beau cette charité !

C’est comme pour les homosexuels. Excusez moi ce rapprochement. N’importe qui aurait déclaré : « Les homosexuels ne peuvent pas intégrer telle ou telle profession, ou pratiquer telle ou telle activité. », et c’était immédiatement la levée de boucliers, voire la poursuite judiciaire. Mais là, non !, Qui a dit ça ? Ah c’est le Pape … pardon, Sa Sainteté ! …. Et oui, c’est un problème douloureux, mais le pape agit avec une grande sagesse, n’est-ce pas, il doit ménager ses arrières !

Remarquez, moi ça m’est assez égal, après tout. La crise des vocations, ce n’est pas mon problème. Maintenant, si on interdit les femmes, les homosexuels (évidemment des deux sexes, mais pour les femmes, c’est déjà la double peine), si on vire les pédophiles, si on veut seulement accepter les hommes « vrais de vrais », les dures, les tatoués, ceux qui aiment les femmes mais qui refusent les relations sexuelles (quoique d’après ce qu’on dit), on peut comprendre que ça ne se bouscule pas au portillon, et que ceux qui le franchissent ont déjà un coup dans le bonnet question rapports humains..

Décidemment, les catholiques ne sont pas très forts en ressources humaines. C’est sans doute la seule raison qui a poussé le Conseil du Consistoire de l’Eglise protestante de Genève à virer de ses responsabilités la responsable des ressources humaines de confession catholique qu’il avait engagé. Les catholiques sont tellement mauvais dans leurs relations avec les autres, que même les protestants n’en veulent pas. L’attribuer à la seule cabale des pasteurs que cette personne devait gérer serait pure mauvaise foi.

En marge des manifestations autour du centenaire de la loi de 1905, enfin, on apprend que Le 5 décembre 2005, la commission « Justice et Paix » de l’Eglise catholique d’Allemagne a dénoncé les restrictions de liberté religieuse dans son propre pays et dans les Etats occidentaux, parce qu’on veut réduire le religieux au seul domaine privé. La commission dénonce notamment les restrictions de symboles religieux dans le domaine public. Entendez la campagne de retrait des crucifix dans les édifices publics. L’Eglise retrouvant tout son pouvoir dans le domaine public : l’interdiction du préservatif, la quête pour les mourants, la chasse aux homosexuels… : « Sur la prévention, comme sur le reste, c’est le pape qui décide … »

Notes

[1] 2004