On nous cache tout (suite)

Je sais que vous adorez les histoires d’animaux. J’ai songé d’ailleurs à changer le titre de cette rubrique en « 30 millions d’amis », mais on m’a fait remarquer que ce titre était déjà pris. Tant pis, gardons celui-là. Toujours est-il que l’information zoologique du mois concerne les araignées : Selon l’agence Reuters, des chercheurs allemands ont découvert que les araignées femelles avaient une sorte de ceinture de chasteté. Au terme de la copulation, la femelle tue le mâle qui laisse une partie de son organe reproducteur à l’intérieur de sa partenaire dans 80% des cas, expliquent des scientifiques de l’université de Bonn dans la revue « Behavioral Ecology« . Ce qui ressemble à une interruption hâtive de l’acte sexuel en fait aussi une sorte de ceinture de chasteté qui tient à distance les autres mâles, conclut leur étude. Ça vous la coupe, hein ? [1]

Malheureusement pour les nostalgiques des croisades, il semble que la ceinture de chasteté pour gente dame restée au foyer pendant que son vaillant seigneur allait manger du sarrasin, n’ait jamais été qu’un mythe. Dans son usage prétendument historique évidemment. Il en existe par ailleurs de nombreux modèles perfectionnés au cours des siècles, mais pour un usage sado-maso seulement [2] Je ne sais pas s’il en existe « à guillotine », mais tout est possible.

A Berlin, frappe ta femme tous les matins

On ne sait pas si on pourrait transférer les capacités de l’araignée à l’homme. Toujours est-il qu’une juge allemande a refusé d’accorder le divorce immédiat à une femme d’origine marocaine battue par son mari, en se référant au Coran. La victime avait signalé il y a quelques mois que son mari – également d’origine marocaine – la battait régulièrement et menaçait de la tuer. Selon la loi allemande, un divorce immédiat pouvait être prononcé. Ce n’est pas ce à quoi la juge a conclu : « il n’est pas inhabituel que l’homme exerce son droit de punir sa femme » au sein des couples arabes, avait elle notamment écrit, ajoutant que « le couple s’était marié en 2001 selon les lois islamiques ». C’est donc en s’appuyant sur le Coran [3] que la juge a rejeté la demande en ajoutant que d’autres passages du Coran donnaient également à un homme le droit de s’estimer atteint dans son honneur si sa femme n’était pas chaste. Ce n’est certes pas chez les araignées qu’une chose pareille pourrait se produire.

Cette magistrate est-elle rétrograde ou en avance ? Il y a un certain nombre de voix qui s’élèvent, aujourd’hui, en Europe et ailleurs pour que s’appliquent des droits particuliers aux membres de telle ou telle communauté, au nom de la reconnaissance du droit à la différence : Après avoir largement déversé des quolibets sur la « laïcité à la française » – notamment au moment de l’affaire des « signes ostentatoires » – de nombreux Britanniques commencent à se demander si nous sommes si en retard que cela. C’est tant mieux si l’idée de laïcité chemine en Europe.

Vers une nouvelle affaire des caricatures ?

Après l’affaire des caricatures du prophète, voici qu’un nouveau scandale s’élève, mais cette fois-ci de l’autre côté des Pyrénées. Des photos publiées dans un ouvrage intitulé « Sanctorum » – financé par des fonds publics – nous présentent des scènes qu’on peut difficilement qualifier de pieuses : la sainte vierge montrant son intimité à un archange Gabriel qui contredit la légende selon laquelle les anges n’auraient pas de sexe, une pietà dans laquelle la main de Marie n’est absolument pas dans la culotte d’un zouave, mais dans celle de son divin fils qui par ailleurs n’en porte pas, etc… etc… Le ministre régional de la culture de la Junte d’Estrémadure, qui a financé le projet (direction PSOE), M. Francisco Muñoz Ramirez a même préfacé l’ouvrage : « [nous avons pris] l’initiative d’appuyer et de divulguer les expressions les plus neuves de l’activité plastique contemporaine pour élargir la vision des différentes tendances et attitudes au sein de notre panorama artistique. »

Ici comme ailleurs, la « révélation » du scandale n’est pas due au hasard. En fait, l’ouvrage est paru en 2003, mais les élections régionales et municipales approchent, et M. Ramirez est le maire d’une des plus grosses villes d’Estrémadure (Badajoz), ce qui n’est pas du goût des partisans du PP (parti populaire, droite).

La Conférence épiscopale italienne a porté plainte, qualifiant l’ouvrage de « blasphèmes crus et lamentables »… « Faire ce qu’on a fait avec Jésus Christ et la Très Sainte Vierge est un délit de lèse-Espagne » n’a pas hésité à dire l’archevêque de Tolède, et il a ajouté : « Avec raison, Grâce à Dieu, des déclarations quasi institutionnelles ont rejeté ceux qui dénigrent le Coran et des personnes ou des convictions fondamentales de l’Islam… Par contre, lorsqu’il s’agit du Christ et ce ce qui est sacré pour les chrétiens, alors tout est bon et égal. »

Le président de l’Estrémadure a déjà demandé pardon, en vain… Il semblerait finalement que les atermoiements récents des dirigeants socialistes face à une séparation institutionnelle des Eglises et de l’Etat, n’ait pas réussi à leur faire trouver grâce auprès du principal appui de la réaction espagnole, l’Eglise catholique.

Leçon a méditer. Vérité en deçà des Pyrénées n’est pas forcément erreur au-delà

Notes

[1] même pas honte

[2] vente en directe ou par correspondance. .

[3] Notamment la 4ème Sourate, verset 34