A Saint-Sulpice comme ailleurs

par Gérald Cusin

Le salon Religio a fermé ses portes à Chartres le mardi 27 janvier. Si vous l’avez manqué, rassurez-vous, sa prochaine session aura lieu en 1998 à Paris. C’est le Parisien du 28 janvier qui nous en informe dans la rubrique « Vivre mieux » ( ?!).

Il s’agit du salon des fournisseurs du culte [1] : 330 exposants venus de 22 pays. Clientèle concernée, les 35 000 paroisses de France, séminaristes, intendants de monastère, gestionnaires d’écoles privés. Ambiance feutrée, pieuse, réhaussée par « des démonstrations d’harmoniums et des écrans qui diffusent des homélies ». Ne vous attendez pas à trouver les bondieuseries habituelles qui fourmillent à Lourdes, et ailleurs : pas de photos de la grotte gracieusement rehaussée de coquillages, pas de rocher de la vierge avec de la neige quand on retourne, pas de moine paillard qui relève son froc quand on lui appuie sur la tête. Ne vous attendez pas non plus à trouver un des nombreux crânes ou tibias de Saint-Blaise : un comité oecuménique [2], composé de représentants des Eglises chrétiennes (catholiques, protestants, orthodoxes) veille à la « rectitude religieuse » des objets présentés. Je ne sais pas trop comment le représentant de l’Eglise protestante fait pour trouver de la « rectitude religieuse » dans les multiples représentations des vierges sous toutes leurs formes et dans toutes les matières, mais enfin ce n’est pas mon affaire.

L’Eglise, c’est un fait connu est sobre et pauvre. Jugez-en plutôt. Une chasuble brodée de fils d’or, pour chanter Veni Creator, ne coûte qu’un peu plus de 10 000 francs. D’ailleurs, la plupart des exposants affichent ostensiblement l’éminente qualité de leur clientèle : qui fournisseur de Jean Paul II, qui fournisseur de tel évêché. On prétend que mère Théresa voulait prêter son image pour se faire quelque argent, mais les sponsors potes en ciel, auraient préféré décliner cette offre pourne pas effrayer la clientèle.

On apprend également que les jeunes prêtres sont fascinés par les articles italiens et espagnols : « tabernacles émaillés, ostensoirs compliqués, et calices surchargés », tous en argent massif. Et c’est pour rien : 5000F le calice, et 35 000F le tabernacle. On aurait tort de se priver à ce prix là. Selon un responsable, ces objets « un peu voyants, participent à la revalorisation actuelle du sacré ». Que voulez-vous, il faut donner aux pauvres le goût du beau.

Pour pallier le manque de prêtres dans les campagnes, on fait résolument dans le futurisme. Style James Bond. Une simple mallette d’apparence anodine, mais quand on appuie sur un bouton, hop !, une chapelle complète en ordre de marche apparaît. Attention cependant à ne pas l’oublier dans le métro. Par ces temps de vigie-pirate, on risque fort de voir tous les accessoires et le saint-frusquin dynamités par les services de sécurité. Des morceaux d’hostie mélangé au vin de messe consacré collé au mur, cela fait désordre ; d’autant plus que l’ensemble coûte entre 3000 et 5000 francs.

Du côté des vendeurs de cierges, c’est très éclairant : « On n’a jamais vendu autant de cierges en France depuis une vingtaine d’années », déclare le représentant de l’entreprise Desfossés, spécialiste de cet objet oblong dont Georges Brassens nous chanta un jour les qualités. Le long cierge cylindrique, gros comme le bras, refait son apparition grâce au renouveau des processions. A Saint-Sulpice comme ailleurs, la qualité perdue se retrouve. Et c’est français. Il paraît même que les touristes non croyants fréquentant les lieux de culte seraient de gros consommateurs. Comment sait-on qu’un acheteur ou une acheteuse de cierge dans une église est non croyant ? Mystère. J’imagine les sondages à la sortie des églises :
- « Bonjour, Madame, vous venez d’acheter un cierge de taille respectable : vous êtes croyante ?
- Non, Monsieur, je suis veuve… »

D’ailleurs il ne faut pas croire que la production sacrée n’est tournée que vers le sexe. Un markéting bien organisée nécessite qu’on investisse dans tous les champs possibles. Il en est ainsi de la réponse à l’insécurité notoire qui règne dans les cathédrales et les églises. On trouve pour la modique somme de 1 148F, un tronc « pourvu d’un déflecteur intérieur à pointe contre la glu et les crochets » Bourvil et Francis Blanche , dans le film « un drôle de paroissien » de J-P. Mocky en auraient été pour leurs frais. On n’a pas prévu encore de système électronique déclenchant une sonnerie dans la sacristie ou sur l’autel, mais gageons que ce marché juteux va intéresser quelque industriel japonais, notamment après l’achat de Moulinex. Imaginez le slogan : « A larron nommé, le tronc pète ! » Cela ne vous fait pas rire ? Vous êtes bien mal embouché.

Notes

[1] cherchez bien, je ne l’ai pas trouvé, mais il y a sûrement un excellent contrepet

[2] j’aime bien aussi ce mot, je ne sais pas pourquoi…