L’ÉGLISE CATHOLIQUE ET ROMAINE EST MOUILLÉE JUSQU’AU COU

par Gérald Cusin

Le 11 janvier de l’an de grâce 1999, le pape a rendu à César ce qui appartenait à César. Sa Sainteté sanctifiante a donné sa bénédiction officielle à l’euro dont il espère qu’il contribuera à forger la destinée commune de l’Europe : « La transition vers une seule monnaie et l’élargissement à l’Est donnera sans nul doute à l’Europe la possibilité de se transformer en une véritable communauté dotée d’une même destinée, une « authentique communauté européenne », a-t-il dit aux diplomates accrédités du Saint-Siège. « C’est, en tout état de chose, l’un de mes voeux les plus chers. Ce qui suppose naturellement que les pays membres soient en mesure de réconcilier leur Histoire avec un même projet commun, de manière à se considérer entre eux comme des partenaires égaux dont le but est la poursuite du bien commun ». En vertu du vieil adage « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais », on apprend que le service des eaux de la municipalité de Rome réclame 23 millions de dollars (130 millions de francs, soit 19 millions d’euro bénis) au Vatican pour le traitement de ses eaux usées.

On pensait jusque là que les ratichons de ce pseudo Etat ne se lavaient jamais. C’était, vue la facture, ignoble calomnie issue de bouffeurs de curés rétrogrades. Il est vrai que l’eau servant aussi pour le baptême, on peut considérer que toute cette eau ne s’est pas usée en vain.

Ce n’est pas tout : le porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls a expliqué samedi 16 janvier que la « ville-état » a le droit de ne pas payer ses factures d’eau… depuis le traité du Latran de 1929 !

On peut donc en conclure que « réconcilier l’Histoire avec un même projet commun » inclut la période du fascisme mussolinien dont se réclame ainsi l’Église [1], grande pourfendeuse des ennemis des droits de l’Homme comme chacun sait.

L’État italien, pour l’instant, s’en lave les mains, comme de bien entendu.

A propos des droits de l’Homme, l’ineffable Popaul a frappé très fort. Toujours devant le parterre assoiffé de belles paroles que constituent les diplomates délégués au Vatican et parmi eux le cul béni français dont nous parlions dans une précédente rubrique, il a critiqué les tentatives de mise à l’écart de l’Église de la sphère non religieuse dans les pays occidentaux et l’absence d’un réel pluralisme religieux dans certains pays d’Europe centrale et de l’Est. Il a par ailleurs dénoncé les « formes graves de discrimination » dont sont victimes « dans des régions où l’islam est majoritaire » les « fidèles d’autres religions »

Cette demande (forte comme on dit maintenant) de cléricalisme et de liberté, n’inclut pas la possibilité pour ceux qui ne sont les fidèles d’aucune religion, de pouvoir s’exprimer. C’est ainsi que l’archevêque de Saint-Louis (Missouri) a obtenu l’interdiction d’un site Internet qui prétendait critiquer la venue du Pape dans cette ville à la fin janvier. Ce site était – paraît-il – à caractère pornographique, et rapportait des informations – paraît-il fausses – sur des scandales sexuels liés au Vatican, ainsi que « des plaisanteries de mauvais goût sur le pape ».

Inutile de vous précipiter sur votre ordinateur pour taper , j’ai essayé : on ne peut plus y accéder. Tant pis. Par contre, vous pouvez essayer , qui est le site officiel de l’archevêché de St-Louis, désigné par la Cour comme le seul apte à donner des informations sur la visite du Ducce du Vatican. Évidemment, je vous préviens tout de suite, c’est moins drôle.

Décidément, certains mènent la vie dure à ce malheureux vieillard. Puisque je sais que vous aimez les histoire croustillantes, en voici une autre.

Prochainement va s’ouvrir un procès aux États-Unis, qu’on pourrait qualifier de procès du voleur volé. Tout commence en 1988. Le dominicain irlandais Léonard Boyle, préfet de la Bibliothèque du Bain de siège (pardon, du Saint-Siège, mais avec toutes ces histoires d’eau…) avait signé avec une femme d’affaires américaine, originaire de Californie, Elaine Peconi, un accord pour une exploitation commerciale des images et des copies des trésors vaticanesques, le tout dans le but de recueillir des fonds pour informatiser la dite bibliothèque. Oubliant que la femme est l’instrument du serpent, le moine avait constitué avec elle une société « Cortile del Belvere » en y investissant des fonds du Saint-Siège. Un entrepreneur californien Leroy Carier III s’était joint à l’entreprise, mais il a découvert -sans doute moins naïf que le porteur de froc – que Mme Peconi consacrait cet argent… à la construction d’une villa princière. Il a porté plainte. Le Vatican a été condamné à verser plus de 10 millions de dollars. Les accords du Latran ne s’y opposent pas, semble-t-il. Là où cela se corse, c’est que le moine, sans doute paillard pour avoir succombé aux charmes de la Signora, avait par ailleurs signé un autre contrat assurant à la donzelle les droits sur les images de la Bibliothèque, jusqu’en 2024. Le Vatican a déclaré nul cet accord, et l’américaine le poursuit donc devant les tribunaux de son pays en réclamant des dommages et intérêts.

La Bibliothèque du Vatican, fondée il y a de cela six siècles par le pape Nicolas V, abrite dans ses 15 000 mètres de couloir quelque 150 000 manuscrits et codes enluminés, dont la plupart ont été pillés ici ou là. il est assez réjouissant de voir son successeur, Jean-Paul II, fulminer contre cette atteinte aux « biens précieux et inestimables du Saint-Siège » qu’il sagit de « protéger jalousement » et « dont ne peut disposer, évidemment, que le souverain pontife lui-même ».

Il serait peut-être d’actualité de proposer à la ville de Rome de bloquer les égouts qui proviennent du Vatican, afin que cette écurie d’Augias se noie dans son eau de vaisselle.

On peut toujours rêver.

Notes

[1] je ne résiste pas à vous faire savoir que, comme il ne paye pas l’eau, le pape peut facilement se ducce …