Dieu est derrière le coupe-circuit…

par Gérald Cusin

La science fait quotidiennement des progrès, c’est bien connu. Dans un récent article du Monde [1] , on pouvait apprendre sous la plume de M. Alberganti que deux chercheurs américains allaient prochainement publier un ouvrage révélant les résultats obtenus en matière de « neurothéologie », science (avec conscience donc), qu’ils ont mise au point. Titre de l’ouvrage : Pourquoi Dieu ne disparaîtra pas. Messieurs Eugène d’Aquili et Andrew Newberg de l’Université de Pennsylvanie ont découvert que « le cerveau humain a été génétiquement conçu pour encourager les croyances religieuses ».

« Pendant deux ans, nous explique le journaliste du Monde, de 1996 à 1998, [M. Andrew Newberg] a étudié les fonctions cérébrales et les flux sanguins du cerveau de huit bouddhistes tibétains pendant leur méditation. Des nonnes franciscaines en prière ont subi les mêmes tests. Andrew Newberg utilise des marqueurs pour distinguer les parties du cerveau qui sont activées par les processus mentaux ou les actions physiques. Les chercheurs ont étudié les cerveaux plongés dans ces états mystiques à l’aide des images fournies par un tomographe à émission de photons. Sur les clichés de coupes horizontales, les lobes pariétaux postérieurs supérieurs gauche et droit affichent des luminosités très nettement inférieures à la normalité. La méditation mettrait en veilleuse certaines fonctions cérébrales ».

On pourrait mesquinement s’interroger sur les raisons qui poussent les responsables de cette Université à dépenser tant d’argent (scanner, nourriture et logement des cobayes, surveillance et contrôle strict de la séparation des espèces pour éviter qu’elles ne se reproduisent [2] , etc.), pour arriver aux mêmes conclusions que les libres penseurs, à savoir que la prière amoindrit le cerveau, mais il est vrai que ce qui va sans dire, va parfois mieux en le disant.

Cependant, les investigations de nos talentueux chercheurs vont plus loin. « Les zones affectées correspondent, poursuit M. Alberganti, selon les scientifiques, au sens de la dichotomie de la personnalité, c’est-à-dire à l’aptitude à se distinguer des autres et de l’environnement. La mise hors circuit de cette fonction expliquerait les sensations de plénitude absolue, de communication transcendantale avec l’humanité et l’univers généralement associées à une manifestation divine ». Autrement dit, quand on arrive à un certain état de transe produit par la prière, on est dans la même situation qu’un bébé qui ne sait pas distinguer sa personne de celle de sa mère. Outre que cela explique le mythe de la sainte-trinité (on ne sait plus qui est le père, le fils, et le saint machin), croire en dieu, c’est finalement retomber en enfance.

Mais attention !, il ne faudrait pas en conclure que les visions religieuses « sont réductibles à un flux neuronique ». Nos savants estiment que cette attitude serait « insensée ». Et là, ils font très forts. Accrochez-vous. « l’altération du fonctionnement du cerveau est-elle la cause ou le résultat des états de méditation ou de transes ? L’organe lui-même et les connexions de ses neurones ne sont-ils pas l’œuvre d’un créateur ? ».

Bande de mécréants, vous aviez cru quelques instants que vous pouviez – dans un geste d’humanisme bien compréhensible – apporter au curé de votre paroisse une couche culotte, pour éviter que les coupures de courant dans son crâne pendant la messe ne s’accompagnent de l’absence de contrôle de ses sphincters ?. En fait, les chercheurs pennsylvaniens « estiment que le cerveau est programmé pour aider l’humanité à survivre dans un monde cruel en donnant un sens à son existence ». On suppose qu’il ne faut pas heurter le sponsor qui finance les recherches dans cette Université. Malgré tout, on reste rêveur devant tant d’innocence. Ainsi, le Grand Programmeur, aurait fait un monde tellement merdique qu’il aurait prévu la possibilité d’actionner un interrupteur pour le rendre plus consommable. Bravo gribouille !, Malgré tout, voilà une trouvaille qui va exciter tous les puissants de ce monde. Si, par l’usage d’une drogue quelconque (la prière étant de moins en moins pratiquée si on n’est pas bonze ou bonzette), on pouvait endormir les cerveaux de tous les mécontents, leur donner l’impression qu’ils se noient dans le grand cosmos universel pendant qu’on leur tond la laine sur le dos, on aurait enfin de beaux jours assurés pour la spéculation. Oui, je sais, il y a la télé. Mais, on peut encore zapper, voire ne plus allumer son poste. Michel Berger, qui fut un grand artiste, aurait-il en même temps été un grand prophète ? : « Débranche, Débranche,/ Coupe la lumière et coupe le son/, Débranche/, Débranche tout/ (…) », mais il terminait son célèbre refrain par « Revenons à nous ! ». Un retour vers le futur que nos neuropsychiatres feraient bien d’accomplir.

Cela me rappelle cette vieille histoire métaphysique : Deux poissons rouges tournent dans un bocal tout en discutant de l’existence de dieu. A un moment, le croyant pose LA question : « Si dieu n’existe pas, qui change l’eau ? »

Notes

[1] Le Monde du 3/02/01

[2] Pour être zen, on n’en est pas moins zom