Les Hindous ont autant de pot que nous.

par Gérald Cusin

A Allahabad, au nord de l’Inde, à 580 km au sud-est de New Delhi, les Hindous ont un pèlerinage, à côté duquel « notre » Lourdes, n’est que de la roupie de sansonnet. 65 millions de pèlerins étaient attendus pendant 42 jours entre le 7 janvier et le 22 février.

Le Maha Khumb Mela, tout comme « notre » religion chrétienne, plonge ses racines dans les faits historiques les plus authentiques. Je raconte. Un jour les dieux et les démons se sont battus comme des chiffonniers (il y en a 360 millions (de dieux) chez les Hindous) pour la possession d’un pot (kumbh, en Hindou dans le texte) contenant le nectar d’immortalité (cela valait donc une belle empoignade, même quand on est dieu), évidemment vu le nombre, cela n’a pas fait un pli, le pot s’est cassé. Vous n’y êtes pas du tout. Les dieux l’ont emporté et sont partis (plein pot). Ce qui fait que des gouttes sont tombées : 4 en Inde (bien sûr) et le reste dans huit parties du ciel. Et c’est là que tout se rejoint, un des gouttes est tombée au confluent du Gange, de la Yamunâ et de la Sarasvatî (ne cherchez pas sur une carte cette rivière, elle n’existe pas plus que la ville de Nazareth en Palestine au 1er siècle). Les Hindous pensent que se baigner au confluent des trois cours d’eau sacrés en un jour favorable (tous les douze ans), les lavera de leurs péchés et les enverra au nirvana après leur mort. C’est une sorte de confession, mais en plus humide. En vraiment plus humide. En cette saison, le nord de l’Inde connaît des températures nocturnes avoisinant les zéro degrés – et la plupart des pèlerins dorment à la belle étoile -, et le Gange ne doit pas dépasser trois degrés. On en frissonne d’autant plus que ce nectar d’immortalité ne semble pas très efficace. Jugez plutôt : en 1954, 500 morts (800 selon d’autres versions) dans une bousculade ; en 1984, 200 dans une bousculade dans la ville sacrée de Hardwar (là où une autre goutte est tombée) ; 600 en 1986. Côté péché, ça ne marche pas bien non plus. Les Nagas, qui sont les chefs de ces pèlerinages et que l’on reconnaît au fait qu’ils se promènent tout nus recouverts de cendres, sont des gens très coléreux : en 1998, deux groupes rivaux s’étaient battus pour savoir qui serait le premier à rentrer dans le fleuve sacré. La présence des Nagas en elle-même, n’est pas pour garantir l’efficacité du bain. En effet, ce sont des Sâdhus, des hommes saints, messagers de Shiva. S’ils sont saints, pourquoi ont-ils besoin de se laver de leurs péchés ? On se perd en conjectures. A moins que « saint », chez eux comme chez « nous », soit une manière de désigner des barbares sanguinaires, comme Stepinak , par exemple.

Cette année, comme pour le « jubilée » en Israël, la police est sur les dents. Une organisation nationaliste hindoue affiliée au Parti Bharatiya Janata (BJP, pro-hindouiste au pouvoir), a annoncé son intention de construire un temple sur les ruines d’une mosquée, détruite par des extrémistes hindous en 1992. Les violences qui avaient suivi cet acte de vandalisme avaient entraîné la mort de 2000 personnes dans tout le pays : ce ne sont pas, dieu nous préserve, « nos » religions occidentales pacifiques et rationnelles qui occasionneraient de tels débordements.

Ah !, la philosophie hindoue !, la recherche de la perfection personnelle !, le renoncement à tout ! Que de kilomètres n’a-t-on pas fait en ton nom, depuis 1968 !

Mais on aurait tort de se moquer. Ce pèlerinage produit des miracles. Ainsi, l’Hindustan Lever Ltd. envisage de tester au Kumbh Mela, un nouveau savon (les eaux du Gange en seront plus efficaces pour laver les péchés) ; la société Atul Sood, une nouvelle boisson à base de noix de coco appelée « Nirvana » (quelle idée géniale !). Côté medias, les eaux du fleuve sacré vont faire pleuvoir un nectar de 10 million de roupies (215 000 dollars) en retombées publicitaires rien que pour les chaînes locales : « un événement de cette importance qui ne se produit que tous les douze ans suffit largement à inciter le dernier des athées à allumer sa télévision par simple curiosité », a affirmé à l’AFP un producteur indien.

Comme je l’ai déjà dit, le pèlerin moyen se les pèle la nuit à la belle étoile, et prend froid aux reins [1]. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Des dizaines de tentes luxueuses ont été aménagées pour les touristes occidentaux par le voyagiste Cox & Kings. Parmi eux, on attend l’arrivée de Madonna, de Sharon Stone et de Demi Moore. Dans la mesure où ces charmantes personnes sont les images vivantes du péché, on se demande si tout l’eau du Gange y suffira…

Et pour ceux qui ne pourront pas y aller ? Rassurez-vous, tout est prévu. On peut se purifier les neuf orifices virtuellement sur internet. Je ne connais pas les références du site à l’heure actuelle, mais, je ne manquerai pas de le communiquer aux lecteurs qui seraient intéressés.

Encore un mot sur la journée du pèlerin moyen. Le matin, à l’aube, heure la plus propice, petit plongeon dans le Gange, puis retour au campement. Là on fume le hachisch, et on entame le « yagya », sorte de danse frénétique devant un grand feu en chantant « Har Har Mahadev », en l’honneur de Shiva [2]. Mais vous ne pourrez pas assister à ces spectacles, même si vous êtes Richard Geere [3]. Les curieux indésirables sont rapidement chassés. Il faut dire qu’un des rituels consiste à lever un poids à l’aide d’une corde attachée au pénis. Il paraît que cela le rend insensible et réduit les capacités érectiles…

Heureusement, pour combattre cette tendance, une variante du viagra va être mis en vente en Inde, disponible paraît-il à bas prix. On suppose peut être que le trafic de ce médicament par les touristes occidentaux va bientôt supplanter celui de la drogue.

En tous les cas, à l’autre bout du monde, à Sao Paulo, nous apprend l’agence Reuters, un Brésilien de 23 ans, du nom de Santos Cruz (tout un programme), condamné pour viols, a déclaré avoir mis en pratique les paroles sacrées de la Bible : « Si un de tes membres te fait horreur, tranche-le ». On a retrouvé ce malheureux, baignant dans son sang dans les toilettes de sa cellule.

Le christianisme, c’est quand même autre chose, non ?

Notes

[1] d’où le nom

[2] on est réchauffé, alors Shiva mieux

[3] présent également