104 rue du Bac, Paris Vème

L’Union européenne miraculeuse
Le fabuleux destin de Catherine Labouré

par Gérald Cusin

Cette histoire date, mais elle vaut toujours la peine d’être rappelée, car ses conséquences dépassent largement les frontières du quartier latin. La rue du Bac, primitivement, appelée grand chemin du Bac puis, ruelle du Bac et grande rue du Bac, à cause du Bac établi sur la rivière, en 1550, avant la construction du pont Royal, est une rue animée de Paris. (J’étale ma science parce qu’il s’agit d’une revue culturelle et qu’on doit maintenir un certain ton.)

 

Bref, le promeneur attentif ne manquera pas de remarquer au 140 de cette rue, une chapelle, -dite « chapelle Notre-Dame de la médaille miraculeuse » – dans laquelle se trouve conservés les restes de Catherine Labouré, dont le destin fabuleux ne cesse de rebondir depuis Paris jusqu’à Bruxelles.

Qui était Catherine Labouré ?

C’était une sœur de la Compagnie des filles de la Charité de St Vincent de Paul [1] . Labouré fut canonisée par Pie XI en 1947 comme bienheureuse vierge [2] , mais pas martyr. Marie, mère de Jésus, lui est apparue à plusieurs reprises entre juillet et novembre 1830. Mais lisez plutôt l’hagiographie « officielle », telle qu’on peut la lire sur le site qui lui est consacré : « Catherine Labouré s’était couchée pleine d’espoir, ce 18 juillet 1830. C’était la fête du fondateur des Filles de la Charité, … et elle avait avalé la petite relique reçue de la mère Supérieure en demandant au grand saint la faveur de voir un jour la vierge. » Ici, on ne dit pas de quoi était exactement composée cette relique, et si c’était vraiment normal qu’elle se l’avale en trois coups les gros. Mais, je continue : « Vers minuit, elle fut réveillée par un petit enfant qui lui dit : « Ma sœur, tout le monde dort bien ; venez à la chapelle ; la Sainte Vierge vous y attend » [3]. Pourquoi, la Ste Vierge n’est-elle pas venue directement dans la chambre de Catherine ?, on ne sait pas. : « Croyant rêver [4] , Catherine se lève, s’habille et suit l’enfant. » (C’est normal, quand on rêve) « La maison est toute illuminée et les portes fermées à clef s’ouvrent facilement sous les doigts de l’enfant. A la chapelle, elle ne voit d’abord rien, puis après un temps assez long, elle entend l’enfant (un ange selon Catherine) lui dire : « Voici la Sainte Vierge ». Elle doute et ne bouge pas. Elle entend un froufrou d’une robe de soie (sic) L’ange prend alors une voix d’homme : « Voici la Sainte Vierge », et cette fois, elle se précipite auprès de la Vierge. » (Comme quoi, un peu d’autorité, ça aide). Cette dernière s’était assise sur le fauteuil de l’aumônier, et elle lui parle pendant deux heures (Catherine prit soin de noter l’heure en retournant se coucher).

« Ensuite, la vie ordinaire jusqu’au 27 novembre 1830.

Ce soir là, samedi, vers 17h30, pendant que les sœurs se trouvaient réunies à la chapelle pour la méditation, la Ste Vierge revient. Catherine l’aperçoit, les pieds posés sur un globe terrestre, où s’agite un serpent de couleur verdâtre. Entre ses mains, elle tenait un petit globe surmonté d’une croix d’or, le tout est contenu dans un tableau de forme ovale qui se retourne et au dos duquel on voit apparaître un grand M surmonté d’une croix, avec deux cœurs au-dessus, l’un couronné d’épines, l’autre percé par un glaive, et … douze étoiles entourent l’ensemble. » Bref, je passe sur les épisodes secondaires. Son aumônier essaye de la raisonner, mais il se rend à l’évidence. Si on fait une médaille sur ce modèle, on va faire un tabac de tous les diables. Aussitôt dit, aussitôt fait. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Frappée à quelques milliers d’exemplaires, la médaille miraculeuse fut rapidement diffusée dans le monde entier.

Catherine mourut à 46 ans. Lors de son procès en canonisation, il fallait un miracle (c’est réglementaire). On déterra le corps de Catherine en 1933 … et on retrouva le corps intact (comme au beau temps du moyen-âge). Aucune preuve, évidemment, pas plus que des « miracles » de la miraculeuse médaille. Mais on ne va pas ergoter.

Une histoire sans intérêt ?

Pourquoi, est-ce que je vous parle de cette histoire sans intérêt ? D’abord parce que cette « apparition » est la première (et la moins connue) d’une série qui allait connaître des développements importants : Lourdes (1851), et Bernadette Soubirous [5] rejoindra (un hasard ?) les sœurs de la Charité de Nevers, puis Fatima (1917). La proclamation officielle, définitive et infaillible du dogme de l’Immaculée Conception et du culte à la vierge ne date que du 8 décembre 1854, époque où le pape Pie IX, dans une solennité incomparable, imposa cette croyance à tous les fidèles. Voir un rapprochement entre ces faits serait bien sûr de la plus insigne mauvaise foi.

Mais, la petite médaille de Melle Labouré allait connaître une nouvelle heure de gloire dans la seconde partie du XXème siècle

L’histoire est bien connue. Arsène Heitz est chargé en 1955 de proposer un dessin pour le futur drapeau de l’Europe. Il réalise le drapeau bleu parsemé de 12 étoiles. A sa mort, sa femme « révèle » son inspiration : « il avait beaucoup de dévotion pour la Sainte Vierge, mais il fallait garder le secret, car il y a des juifs et des protestants en Europe. On ne pouvait pas dévoiler que c’était la médaille miraculeuse. »

La médaille aura au moins fait un miracle. Quand vous irez vous recueillir au 140 de la rue du Bac, vous saurez que pour l’Europe vaticane, tout a commencé là.

Notes

[1] Notre mère Théresa locale

[2] Cette rubrique étant toujours d’une haute tenue, et ne faisant jamais de plaisanteries de mauvais goût à propos du nom des personnes, il est bien évident que je ne ferai pas le rapprochement graveleux que vous attendez tous.

[3] Je ne sais pas comment c’est maintenant, mais à cette époque les couvents étaient mal fermés

[4] Croyant rêvé ?

[5] une autre jeune fille « simple ».

Post-scriptum :

Suite à cet article, en 2008, j’ai reçu le message suivant d’une certaine Pascale :

bonjour, je m’appelle Pascale et il y a bien longtemps, la médaille miraculeuse m’a guérie d’une drôle de maladie. un article etait même parue chez vous je crois de cette guérison inexpliquée. Je suis allée remercier a Paris avec mes parents et j’avais 7 ans. Etait Soeur à l’époque une cousine de mon père, et je garderai tjrs un souvenir vivant de ma venue chez vous. Aujourd’hui, j’ai 43 ans et suis en pleine dépression. Je ne sais pas à qui parler et qui peux me donner le repos de l’esprit. Je crois sincèrement que la Vierge peut encore m’aider aujourd’hui et sauver ma vie comme elle l’a déjà fait. Je ne sais pas si vous me répondrez . Mais merci au moins de m’avoir lue. Bien à vous Pascale

Comprenne qui pourra, mais on ne dira jamais assez combien la dépression est une maladie ravageuse.