Au secours, Bensixtine,la lumière de ton fils Jean-Claude s’éteint !

Plantons d’abord le décor. Depuis près d’un siècle (1912), les déchets marseillais sont déversés dans un trou creusé dans la plaine de la Crau, entre la mer et le massif des Alpilles qui sent forcément moins le thym et le romarin comme aurait dit Marcel Pagnol. C’est la plus grande décharge à ciel ouvert d’Europe, une fierté pour notre pays. Le maire de Marseille souhaite implanter une usine d’incinération, un four à poubelles à Fos-sur-Mer.

Un certain nombre d’élus, une partie de la population, y trouvent à redire, craignant que le remède soit pire que le mal du fait, par exemple, du  rejet possible de dioxine. Ce n’est évidemment pas à nous de donner notre avis sur le sujet. Quelque chose nous a quand même interpelé : Le maire de Fos, René Raimondi, PS, farouche opposant à l’usine que veut implanter Jean-Claude Gaudin (maire UMP de Marseille), vient d’écrire au pape pour lui demander d’intervenir dans le conflit. : « J’en appelle à votre haute autorité spirituelle afin que vous puissiez intercéder auprès de M. Jean-Claude Gaudin, dont la foi catholique est profonde et sincère (…) [Je vous demande] de réveiller en lui cette lumière de générosité, de compréhension, de tolérance et de bon sens que porte en lui tout être humain, afin qu’il puisse revenir sur sa décision. »

Evidemment, on peut toujours penser que c’est du second degré. Malgré tout, il semble que M. Raimondi soit parfaitement sérieux. On n’est pas véritablement surpris. Bon nombre de dirigeants du Parti Socialiste ne brillent plus guère par leurs convictions laïques. Mais, malgré tout celui-là pousse le bouchon un peu loin, cette fois.

En plus, je serais catholique (que Dieu m’en préserve !), je trouverai le procédé un peu grossier, voire insultant. Quelle mouche a donc piqué René ? Remarquez, ravaler Benoît XVI au rang de marabout de quartier capable de réveiller la lumière de générosité de l’être humain qui se dissimule sous Jean-Claude Gaudin avec des gri-gri et des passes magiques, ou en égorgeant un poulet grippé sur le dos de sa victime pendant qu’elle a le dos tourné, a quelque chose d’amusant pour ceux – dont nous ne sommes pas évidemment – qui passent leur temps à bouffer du curé et à se moquer de la religion. Ce n’est pas très malin, si M. Raimondi estimait pourvoir ainsi se moquer à bon compte de la religion : il ne l’emportera pas au paradis, si c’est le cas.

Maintenant, M. Raimondi René, – je vous le dis sans ambages – à l’heure où l’Europe cherche à se construire pour éviter les guerres, comme on nous l’expliqua longuement et pendant des semaines durant la campagne pour le oui au referendum de mai dernier, l’idée que vous ayez pu penser une seconde que l’origine allemande du pape le rendait quelque part spécialiste des problèmes d’incinération, me révolte au dernier degré. : cette initiative de la dernière grossièreté – si c’était bien le fond de votre pensée – ne vous grandit pas.

Votre parti a appelé à voter oui. Croyez-vous que cela va l’aider lorsqu’il sera question de recommencer à voter, et que vos électeurs vont voir que vous ne croyez même pas à vos arguments. Vous allez devoir en trouver d’autres et croyez-vous que les arguments en faveur du oui soient si faciles à trouver ?

Il y a déjà pas mal de problèmes dans ce parti de présidentiables. Ce n’est pas la peine d’en rajouter. De plus, si vous mettez d’entrée de jeu le pape dans le camp de vos ennemis politiques, il ne faudra pas vous étonner si Dieu n’est plus de votre côté à vous au moment décisif. Je n’ai évidemment aucun conseil à vous donner, mais, à mon humble avis, quitte à demander l’intercession du pape, ce qu’il fallait faire, c’était demander au souverain pontife de rallumer la lumière d’intelligence et de bon sens que vous portez malgré tout au fond de vous même, cela vous aurait permis de voir clair dans l’attitude qu’il convenait d’adopter.

En même temps, il aurait pu verser un peu de poudre de perlinpinpin sur la tête de vos amis, cela aurait fait d’une pierre deux coups. Maintenant, vous allez avoir l’air malin à la veille des élections, lorsque vous demanderez au pape d’éteindre la lumière de compréhension et de bon sens de vos électeurs, juste pendant le moment où ils passent aux urnes. Ne vous étonnez pas s’il vous fait répondre qu’il est trop occupé avec le soutien qu’il apporte aux amis du maire de Marseille.

Cet appel à l’arbitrage du pape fleure quand même bon son ancien régime. Ou le prochain. En effet, l’Union européenne ne reconnaît-elle pas le rôle prépondérant des Eglises, et ne prévoyait-elle pas dans l’article 52 – de feu le traité européen, de rendre obligatoire la consultation privilégiée des Eglises et des groupes philosophiques dans toute l’Union “ dans un dialogue ouvert et transparent ”. M. Raimondi – excusez moi, je révise mon jugement : loin d’être un attardé, vous êtes un précurseur.

Ainsi, tous nos élus, tous nos grands hommes – grâce à la voie que vous venez d’ouvrir d’une manière si opportune – pourront être désormais accompagnés en permanence par un chapelain chargé d’entretenir en eux cette flamme qui nourrit la lumière de générosité, de compréhension, de tolérance et de bon sens que porte en lui l’homo sapiens, et a fortiori l’homo politicus.

Maintenant, donner directement le pape comme chapelain à Jean-Claude Gaudin, alors qu’il ne s’est même pas encore déclaré candidatable, ça peut se discuter. L’évêque du coin aurait très bien pu faire l’affaire.

D’un autre côté, on ne saurait se priver des personnes compétentes, et si les représentants de la communauté de communes de Marseille estiment que le pape est indispensable à la bonne gestion de la ville de Marseille, nul, et nous pas plus que les autres, n’a rien à y redire. Tampis si on fait encore de mauvaises plaisanteries et qu’on dit que les Marseillais se montent toujours le cou.

L’important c’est ce que l’histoire retiendra.

Pour y contribuer, et pour prouver que dans la Raison on ne passe pas son temps à tout dénigrer, voici les premières paroles d’une chanson que – n’en doutons pas – les générations futures apprendront à leur progéniture.

  • Le bon roi Dagaudin,
  • Jetait tout’ ses ordures au loin
  • Le Bon Saint Benoît
  • Lui dit, « Ô mon roi,
  • Votre Majesté va intoxiquer »
  • « C’est vrai, lui dit le roi
  • Tu n’as qu’à les prendre chez toi. »