Bensixtine sait parler moderne

« Si nous pouvons une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution, la résurrection du Christ est la plus grande mutation, le saut absolument le plus décisif dans une dimension totalement nouvelle qui soit jamais advenue dans la longue histoire de la vie et de ses développements. Il s’agit d’un saut qualitatif dans l’histoire de l’évolution et de la vie en général, vers une future vie nouvelle, vers un monde nouveau » a déclaré le grand inquisiteur, lors de son homélie de Pâques . Apollinaire avait bien raison de qualifier le pape « [d’] européen le plus moderne. » Il est vrai qu’il s’agissait de Pie X, celui qui interdisait de danser le tango.

 

Malheureusement pour lui – pour autant (c’est-à-dire : peu) que je m’y connaisse en matière d’évolutionnisme – le Christ ne pouvait être l’expression du saut qualitatif de l’espèce, et le seul de son espèce : Croyez-moi, Benoît, vous en faites un simple monstre aberrant.

De plus, Darwin ne travaillait que sur des espèces existantes ou ayant existé, cela disqualifie donc votre échantillon. Maman me disait toujours de remuer 7 fois la langue dans ma bouche avant de parler. Il est vrai que notre bon B. n’en est pas à son coup d’essai. Déjà, à Cologne, lors des journées mondiales de la jeunesse catholique romaine, il avait comparé la communion à une « fission nucléaire portée au plus intime de l’être. (…) Seule l’explosion intime du bien qui vainc le mal peut alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde. » Cathos ébahis mes amis, si vous avez des brûlures d’estomac après la messe, c’est que vous avez l’hostie sans tâche qui tâche. N’en voulez pas au boulanger, c’est simplement le fiston de dieu qui fissionne. Peut-être notre ami Benoît va-t-il nous apprendre bientôt que les bûchers de l’inquisition, les massacres religieux , c’était [c’est ?] la sélection naturelle ? Attendons pour voir, comme disent les Anglais.

Délit de prosélytisme

Dans une précédente chronique, je dénonçais les lois récemment votées en Algérie visant à interdire toute tentative de faire changer un musulman de religion, cette loi visant d’ailleurs essentiellement les églises évangéliques. J’aurais aussi bien fait de commencer par regarder de ce côté de la Méditerranée. En Grèce, notamment, où le délit de prosélytisme est toujours inscrit dans le code pénal et est passible de cinq ans d’emprisonnement. Douze députés de droite et de gauche ont déposé récemment un amendement pour l’abrogation de ce « délit » – certes peu appliqué – mais qui protège bien évidemment l’Eglise orthodoxe d’Etat. Il existe également une autre loi – toujours en vigueur également, mais cette fois-ci appliquée – qui impose de demander avis à l’Eglise orthodoxe « pour la construction d’un lieu de culte non orthodoxe », dont ces mêmes députés demandent également l’abrogation. Il est vrai que l’Union européenne ne préjuge pas des rapports qui existent entre les Eglises et les Etats de l’Union, même si ces rapports sont en complète contradiction avec la « Charte des Droits Fondamentaux », qui stipule dans son article 10-1. « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction (…) » On n’avait évidemment peu d’illusion sur cette « Charte des Droits fondamentaux », texte bien dangereux par rapport aux vrais droits et à la véritable liberté de conscience comme la plupart de ceux pondus par l’Union européenne, et on est rassuré de voir que – comme la plupart des traités d’ailleurs – les Etats n’en font pas plus de cas que le gouvernement français du vote Non de mai 2005. Bon, pour la vérité historique, il faut ajouter que ces lois grecques datent de la dictature Metaxas (1930). « Ils sont fous ces Grecs ! » aurait pu dire Obélix. En effet, ce n’est pas chez nous que des lois issues d’une dictature seraient toujours maintenues en 2006.

Certes non.

Sacré Nom de Bleu !

Quittons les bords de la Méditerranée et traversons l’Atlantique où l’Église catholique (encore elle !, dites-vous. Je n’y peux rien, rétorque-je) a lancé à Montréal une campagne de collecte de fonds.

Des communicants inspirés ont voulu lier éducation, foi et bizness. De grandes affiches noires peuvent être aperçues un peu partout en ville et qui souhaitent rappeler le véritable sens des jurons que les Québécois utilisent depuis des générations .

Ainsi, on rappelle que « Tabernacle (tabarnac) », c’est une « petite armoire fermant à clé qui occupe le milieu de l’autel » que « Ciboire (ciboère) » c’est le vase qui se trouve dans le tabernacle, et que « [l]’Hostie », c’est la rondelle de pain azyme qui se trouve dans le « ciboère », et enfin que « Criss », c’est le mec qu’est dans la rondelle. Malgré tout, c’est peu convaincant.

C’est un peu comme si à Paris, l’archevêque voulait nous inciter à ne plus dire de gros mots en placardant des affiches rappelant que « Merde ! », désigne simplement de la matière fécale, que « Putain ! » évoque tout juste une dame qui fait commerce de ses charmes, et que « connard ! », est innocemment le dérivé d’un mot d’origine espagnol qui désigne un lapin.

C’est en tous les cas l’impression que ça fait aux habitants de Montréal. Les z’habiles de l’archevêché de Montréal espèrent peut-être que les gens vont verser rapidement leur obole pour voir disparaître toutes ces obscénités mises sous les yeux des enfants.

Pour terminer, faisons nous plaisir en emmerdant les catholiques :

Quelques sacres (jurons) québécois, avec leur traduction française (quand c’est possible) et leur « mise en situation » :

- se décrisser (s’en aller, se tirer) « Décrisse-toé d’icitte, tabarnac ! ».
- Crisser, syn : câlisser, baptêmer, câlifier, saprer, sacrer, tabernaquer, etc. quelque chose (fourrer (foutre) quelque chose, virer) « Je l’ai sacré (ou je l’ai tabernaqué ou je l’ai crissé) aux vidanges (à la poubelle) ! ».
- C’est bien maudit ! syn. : ciboère, câlisse, crisse, crime, chette, moses, tabarnacle, etc.) (bordel de merde ! (merde !, merde alors !, crénom de nom !, vingt-dieux !, putain de merde !, etc.) « C’est ben ciboère !, tabarnac ! J’peux pas le croire ! ».
- Etre en calvaire, syn. : en chien, en crime, en crisse, en joualvert, en sacrement, en câlisse, en hostie, etc. (en pétard, en colère) « Me v’là pogné (coincé, bloqué) sur le trottoir, J’tais en calvaire, tu peux me croire !, maudit ! ».
- Faire quelque chose en maudit syn. : en câlisse, en simonac, en hostie (comme un dératé, comme un fou, vachement, sacrément, vraiment) : « Ah j’sais qu’t’es en hostie pi qu’t’en as jusque là, Mais tu peux changer ça, vite ça presse en maudit ! ».